L'aventure des mots

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30 décembre 2009

Ken Follett, Les piliers de la terre, Editions Stock, Le Livre de Poche

C’est  une histoire-fleuve dont les sources se situent en l’an 1123 de notre ère et qui s’achève au bout de 1050 pages, en 1174. Près de cinquante longues années sont décrites là à travers le destin d’un moine qui finira évêque, d’un enfant sans père, élevé dans les bois, qui construira la plus grande et la plus belle cathédrale jamais construite jusque là sur le sol d’Angleterre, d’une jeune fille impétueuse,  qui refuse d’être le simple jouet des hommes, et qui portant en sera longtemps la victime, d’un religieux pétri d’ambition et qui au nom de sa foi, rusé comme un renard, ne cherchera pas que le bien de ses contemporains, d’un jeune chevalier, égoïste, monstrueux, cruel, usurpateur, guerrier sans foi ni loi, dont le destin sera aussi sombre que ses actes…Il y a encore bien d’autres personnages, qu’il serait fastidieux de décrire ici… La lecture en est facile, agréable…Jamais l’on ne s’ennuie. C’est aussi instructif, bourré de détails historiques, et des petits riens de la vie quotidienne de l’époque, des découvertes  architecturales et esthétiques…Un ouvrage à prendre avec soi sous la couette par ces froides nuits d’hiver… 

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26 novembre 2009

Olivier Adam, Des vents contraires, Editions de l’Olivier, 2009

Avec cet ouvrage, j’ai retrouvé le style âpre, bien que parfois presque poétique, de M. Olivier Adam. J’avais aimé A l’abri de rien, je crois bien avoir préféré ce dernier opus.

Le pire se produit, mais ce qui est raconté là est loin des grands mouvements émotionnels et romanesques. C’est le quotidien qui est décrit, la difficulté à continuer à mettre un pied devant l’autre, à affronter même les petits rien de la vie de tous les jours. Le « héros », Paul Anderen, et ses enfants, Clément et Manon, nous sont familiers, si proches…Tout ce qu’ils traversent, fait écho à ce que nous redoutons : la disparition inexpliquée et brutale d’un être aimé, indispensable à bonne marche de notre existence ordinaire, parfois si douce, parfois si amère, mais c’est la substance même de la vie…Alors quand il n’en reste qu’une ombre, un fantôme éthéré, comment survit-on ? Pire encore, quand l’espoir s’évanouit à jamais, englouti par une horrible vérité, que deviennent ceux qui sont toujours là ? La blessure guérit-elle, rien qu’un peu ?

Pour Paul, nous ne le saurons pas. Mais il survivra pour ses enfants, non ?

Sombre, presque glauque, tant dans ce livre tous les personnages sont à la dérive, incroyable pour les descriptions des sensations physiques et mentales, …et pour celles des paysages marins, des intempéries de l’hiver qui font un décor hallucinant à ce roman…

 

Extrait : « Mes pas résonnaient sous mon crâne, s’enfonçaient dans la terre spongieuse des sentiers. J’ai mâché des herbes, goûté la terre, sucé des cailloux. J’ai pensé aux enfants, ils étaient à l’école et me manquaient, comme Thomas ils frayaient dans le noir, et rien ne s’allumait jamais vraiment. Ces derniers jours je les avais sentis s’engluer, l’illusion du renouveau avait fait long feu, Clément arborait en toute circonstance un visage égal et indifférent, et quoi que le lui propose, partie de football ou de cerf-volant, aquarium tortue géante et requin blanc, me gratifiait d’un haussement d’épaules. Quant à Manon elle ne quittait plus mon lit, refusait de s’endormir dans sa chambre et lorsque le la glissait dans ses draps, se réveillait en hurlant. Je veillais toute la nuit sur son sommeil, elle pleurait tout en dormant. Le chemin glissait le long de la falaise, par les rochers on gagnait le sable et les voiliers à fond de cale. J’en ai choisi un blanc et bleu. Mes pieds s’enfonçaient dans la vase et dans certains creux, l’eau m’arrivait jusqu’au mollet. Je me suis hissé sur le pont, la cabine était ouverte et minuscule, j’ai sorti la bouteille de la poche de mon manteau et je l’ai vidée allongé sur la banquette. Des hublots étroits j’apercevais le désert de sable et l’embouchure du havre. La pluie avait cessé et la lumière jaune mangeait le ciel noir en surplomb des eaux vert-de-gris. J’ai fermé les yeux sans dormir et j’ai attendu. Que la marée me prenne et m’emporte. De temps en temps j’y jetais un œil, je la voyais progresser. Bientôt j’ai senti le bateau s’élever. Il voguait immobile et cerné de toutes parts, un vent calme faisait tinter les filins d’acier le long du mât. Douces comme de la soie, les vagues faisaient mine de m’emporter. Dans quatre ou cinq heures elles me déposeraient sur le sable et j’aurais le sentiment d’une traversée. ». 

 

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13 octobre 2009

Jane Austen, Northanger Abbey, 10/18, Domaine Etranger, Christian Bourgeois Editions, 1980

Voila un petit ouvrage charmant, amusant, presque désuet…mais peut-être pas tant que cela ! Désuet pour les mœurs décrites, celles d’un autre temps, certes ! Toutefois, ses artifices, la fatuité des êtres ne sont-elles pas toujours d’actualité ? Le mariage, sans doute, c’est clair, n’a plus la même place dans la vie qu’à l’époque évoquée, en particulier celle des femmes (alléluia!),  mais que penser des mensonges, de l’hypocrisie, des préoccupations factices de la plupart des personnages décrits ici. Le temps passe, l’humanité n’évolue-t-elle pas ?

Et qu’en est-il de cette toute jeune femme, Catherine Morland, gavée de romans, persuadée de devenir une héroïne à son tour, confondant ses illusions et la réalité ? Héroïne dans sa tête, héroïne d’une Jane Austen qui fustige ses tendances romanesques exacerbées, au bord du ridicules.

Les petites filles et les jeunes filles d’aujourd’hui, sous leurs airs de Lolita blasée et à l’exception de celles trop tôt privées de leur innocence, n’ont-elles pas toujours tendance à croire au prince charmant ? Notre société ne continue-t-elle pas à intoxiquer ces jolies têtes avec des rêves de pacotilles ?

Jane Austen porte un regard d’une douce ironie sur ses contemporains et laisse filtrer une certaine tendresse pour ses personnages de papier, leurs miroirs.

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22 septembre 2009

Pierre Pelot, Les promeneuses sur le bord du chemin, Editions Phébus, 2009

Le récit, pourtant assez court puisque ne comptant pas beaucoup plus que deux cent pages, progresse avec lenteur. Surtout fondé sur un dialogue, comme un jeu de chat et de souris, l’intrigue se dévoile. J’ai trouvé les cinquante premières pages presque maladroites, avec une conversation qui semblait ne mener nulle part entre Blair, le détective alcoolique, et Norte, l’écrivain à succès, aux romans qui se vendent comme des paquets de chips –ce n’est pas moi qui l’écris, c’est l’auteur lui-même-. Il y avait néanmoins quelques trouvailles sympathiques, comme l’évocation fugitive, mais réaliste, voire amusante de la vie fourmillante autour de ces deux protagonistes. En bref, je ne sentais pas trop tentée de poursuivre sur le bord du chemin en leur compagnie. Et puis, j’ai fini par décider de les suivre encore un peu, pour finalement découvrir le fin mot de l’histoire.

Soupçonnant le dénouement, je me suis tout de même laissée prendre et les dernières pages, les vingt dernières pour être plus précise, sont particulièrement réussies.

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15 septembre 2009

Anne-Marie Garat, Dans la main du diable, Actes Sud, Babel, 2006

C’est l’histoire, à la veille de la 1ère guerre mondiale, d’une toute jeune femme, Gabrielle Demachy, qui découvre après des années d’attente que son amour de jeunesse ne reviendra jamais et qui va risquer sa vie pour connaître les lourds secrets que cache cette mort insupportable…l’histoire d’une mère, une vieille femme hongroise, qui avait fui son pays pour mettre au monde en France, seule, abandonnée par les siens, un petit garçon qui devenu un homme s’empressa de disparaître…l’histoire d’une enfant, si fragile, dont les parents ne sont plus que fantômes qui viennent hanter les vivants…l’histoire d’un substitut de père pris dans l’engrenage de manœuvres obscures où les progrès de la science pour éradiquer certains fléaux servent à en répandre d’autres…l’histoire d’une famille qui a pignon sur rue et ne peut pas toujours cacher ses fêlures derrière les apparences…l’histoire d’un être, monstruosité humaine, sans scrupule, prêt au pire pour modeler un monde selon sa conception…des histoires d’amour, d’amitié, de haine, de souffrances, de meurtres.

C’est l’histoire d’une année dans la vie d’une toute femme, Gabrielle Demachy, une année bouleversante qui marque le passage irrémédiable de l’enfance à l’âge adulte, d’une certaine douceur à la brutalité des découvertes qu’elle fera, d’un monde protégé et serein au chaos sauvage d’une guerre qui ne ressemblera à aucune de celles qui l’ont précédée.

Un récit passionnant et très bien écrit, sans compter une description de la psychologie des personnages plutôt réussie.   

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29 juin 2009

Salman Rushdie, L’enchanteresse de Florence, Feux Croisés, Plon, 2008

Une passerelle entre différents monde, voilà comment je pourrais décrire ce livre : entre l’Occident et l’Orient, entre le terre-à-terre et le merveilleux, entre le passé et le présent pour les personnages qui appartiennent à cette histoire, entre l’amour et la haine - de l’amour à la haine et de la haine à l’amour parfois -, entre amitié et trahison, entre espoirs et terribles désillusions, entre les batailles sanglantes et les méditations philosophiques, entre la cruauté et la douceur, entre le pouvoir et sa perte inéluctable, entre la recherche de richesse, de gloire et la découverte que tout n’est que vanité quand la mort se présente …Le tout raconté avec une douce ironie sur la nature humaine, teintée d’une infinie tendresse pour les personnages, même les plus détestables…Le tout aussi porté par un certain nombre de réflexions sur l’étroitesse de la vision humaine, sur le sens de la vie, sur l’existence d’un dieu…

L’enchanteresse nous guide ainsi dans le dédale de tous ces mondes, créant un lien étonnant entre tous. Beauté extraordinaire, magique, dont la présence illumine ce qui l’entoure, embaume l’air du plus doux des parfums, apporte de la joie dans les cœurs même si cela ne dure pas…Fée ou sorcière, peu importe, ce qui est certain, c’est que la suivre, vous ouvre bien des mondes.

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27 juin 2009

Toni Morrison, Un don, Christian Bourgeois Editeur, 2009

L’écriture, une écriture toute en subtilité, en douceur, même pour décrire le pire, une écriture toute en finesse pour laisser s’exprimer une « héroïne », fillette séparée de sa mère pour payer une dette, jeune fille à l’ombre d’un semblant de famille malgré l’esclavage, trahie par les événements et celui dont elle tombe éperdument et désespérément amoureuse, une écriture forte et profonde pour dévoiler les personnages, les situations, sans détail sur les paysages, si ce n’est ceux de la pensée ou des rêves, une écriture qui nous porte tout le long de ces 193 pages dessinant les contours de ces trafics d’être humain, marchandises et force de travail, une écriture belle qui évoque un monde naissant sur les espoirs des uns et les souffrances des autres, une écriture virtuose qui donne vraiment envie de découvrir d’autres ouvrages de cette grande dame de la littérature… 

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Prince de Ligne, Pensées, portraits et lettres à Casanova et à la marquise de Coigny, Rivages Poche/Petite Bibliothèque, 2002.

Voilà un homme affable, bon homme, dont il est bien agréable de parcourir les écrits. Il pourrait presque nous rendre envieux, le bougre, de ses relations privilégiées avec quelques personnages haut en couleurs de ce XVIIIe siècle des Lumières.

 

Une pensée : « La générosité d’argent est facile ; il n’y a qu’à être riche pour en avoir. C’est celle qui ne coûte pas un sou, celle de l’âme que j’estime. C’est une belle chose qu’un homme vraiment généreux, car il n’y a de grandeur sur la terre que dans le sacrifice de soi ».

 

Autre pensée : « Les méchants se mettent en garde, et les sots aussi. Les bons et les gens d’esprit, jamais. Les méchants croient lire dans les yeux qu’on les a devinés, les sots se méfient de tous ceux à qui ils trouvent de la supériorité. Les hommes bons ou spirituels ont asse bonne opinion des autres pour s’en croire aimés ».

 

Encore une autre pensée : « On a trop dit que l’opinion est la reine du monde. C’est la seule reine qu’il faut détrôner. Sans cela, toutes les autres le seront ».

 

J’avoue ma préférence, toutefois, pour la correspondance destinée à la marquise de Coigny. Ces missives, plaisantes et charmantes, ont été écrites pendant un voyage que le Prince de Ligne effectua dans le sillage de la Grande Catherine.

 

A lire pour la douceur de vivre qui affleure à chaque page et que cet aristocrate sans prétention ou suffisance, a su cultiver toute sa vie, malgré les terribles malheurs qui l’ont atteint parfois.   

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23 mai 2009

Stephen King, La tour sombre 7, La tour sombre, Editions France Loisirs, Edition illustrée, 2005

JUBILATOIRE !

Me voici arrivée au terme de quelques 3500 pages égrenées depuis maintenant un an (en alternance avec d’autres lectures)…

Une longue fresque, à l’image du Seigneur des Anneaux, ce que Stephen King ne renie pas. Bien au contraire, c’était là son ambition…Et il est vrai que tous ces héros traversent contrées et pays, pas après pas (à ceci près que pour La tour sombre, l’auteur introduit aussi d’autres mondes) jusqu’à atteindre les terres les plus hostiles et les plus désolées.

Mais là s’arrête le parallèle : l’écriture n’est en rien semblable, quelques décennies séparant ces deux écrivains, l’un se permettant ce que l’autre ne pouvait ou ne voulait pas se permettre, l’un plus cru dans ses descriptions, l’autre plus « élégant »…Quoiqu’il en soit, tout amateur de fantastique, d’aventures sans fin ou presque, ne pourra qu’apprécier ce roman fleuve, qui n’ennuie jamais, qui retient au contraire l’attention par ses multiples rebondissements, par son suspens,  par son inventivité, par son caractère parfois incongru. Bref, aucune lassitude n’est à craindre à suivre Roland, le dernier des pistoleros, le dernier descendant d’Arthur l’Aîné, si obsédé par sa tour…

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29 avril 2009

Alexandre Dumas, Contes pour les grands et les petits enfants, et autres histoires, Omnibus, 2004

Lire un ouvrage d’Alexandre Dumas, c’est comme aborder un rivage accueillant et serein au milieu des affres d’une tempête !

Cet ouvrage a une vertu supplémentaire : celle de nous projeter dans le passé. Nous retrouvons ainsi des sensations enfantines et nous découvrons des légendes, des mythes, des histoires encore très vivaces à l’époque où l’auteur les récoltait avidement pour les restituer un jour sur le papier.

Bien sûr, il y a toute une série de contes très connus, mais sous la plume d’Alexandre Dumas, ils se parent de nouveaux attraits…

L’écriture est si pleine d’un charme désuet, de figures de style qui ne sont plus guère d’actualité, si pleine de délicatesse. A cela s’ajoutent la beauté des descriptions, et les touches d’humour, car l’humour est très présent aussi ; un humour fin, ironique parfois, cruel souvent. Contes, légendes et mythes sont semés de morts violentes, la cruauté des hommes et des bêtes, la cruauté du diable. Heureusement, ce dernier n’est pas toujours celui qui tire son épingle du jeu.

L’ensemble est, toutefois, à mon goût, inégal. La dernière partie, entre autre, narrant les aventures du capitaine Pamphile m’a paru s’étirer en longueur au fil des pages et dénote au regard des autres textes.

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