13 octobre 2009
Jane Austen, Northanger Abbey, 10/18, Domaine Etranger, Christian Bourgeois Editions, 1980
Voila un petit ouvrage charmant, amusant, presque désuet…mais peut-être pas tant que cela ! Désuet pour les mœurs décrites, celles d’un autre temps, certes ! Toutefois, ses artifices, la fatuité des êtres ne sont-elles pas toujours d’actualité ? Le mariage, sans doute, c’est clair, n’a plus la même place dans la vie qu’à l’époque évoquée, en particulier celle des femmes (alléluia!), mais que penser des mensonges, de l’hypocrisie, des préoccupations factices de la plupart des personnages décrits ici. Le temps passe, l’humanité n’évolue-t-elle pas ?
Et qu’en est-il de cette toute jeune femme, Catherine Morland, gavée de romans, persuadée de devenir une héroïne à son tour, confondant ses illusions et la réalité ? Héroïne dans sa tête, héroïne d’une Jane Austen qui fustige ses tendances romanesques exacerbées, au bord du ridicules.
Les petites filles et les jeunes filles d’aujourd’hui, sous leurs airs de Lolita blasée et à l’exception de celles trop tôt privées de leur innocence, n’ont-elles pas toujours tendance à croire au prince charmant ? Notre société ne continue-t-elle pas à intoxiquer ces jolies têtes avec des rêves de pacotilles ?
Jane
Austen porte un regard d’une douce ironie sur ses contemporains et laisse
filtrer une certaine tendresse pour ses personnages de papier, leurs miroirs.
22 septembre 2009
Pierre Pelot, Les promeneuses sur le bord du chemin, Editions Phébus, 2009
Le récit, pourtant assez court puisque ne comptant pas beaucoup plus que deux cent pages, progresse avec lenteur. Surtout fondé sur un dialogue, comme un jeu de chat et de souris, l’intrigue se dévoile. J’ai trouvé les cinquante premières pages presque maladroites, avec une conversation qui semblait ne mener nulle part entre Blair, le détective alcoolique, et Norte, l’écrivain à succès, aux romans qui se vendent comme des paquets de chips –ce n’est pas moi qui l’écris, c’est l’auteur lui-même-. Il y avait néanmoins quelques trouvailles sympathiques, comme l’évocation fugitive, mais réaliste, voire amusante de la vie fourmillante autour de ces deux protagonistes. En bref, je ne sentais pas trop tentée de poursuivre sur le bord du chemin en leur compagnie. Et puis, j’ai fini par décider de les suivre encore un peu, pour finalement découvrir le fin mot de l’histoire.
Soupçonnant
le dénouement, je me suis tout de même laissée prendre et les dernières pages,
les vingt dernières pour être plus précise, sont particulièrement réussies.
15 septembre 2009
Anne-Marie Garat, Dans la main du diable, Actes Sud, Babel, 2006
C’est l’histoire, à la veille de la 1ère guerre mondiale, d’une toute jeune femme, Gabrielle Demachy, qui découvre après des années d’attente que son amour de jeunesse ne reviendra jamais et qui va risquer sa vie pour connaître les lourds secrets que cache cette mort insupportable…l’histoire d’une mère, une vieille femme hongroise, qui avait fui son pays pour mettre au monde en France, seule, abandonnée par les siens, un petit garçon qui devenu un homme s’empressa de disparaître…l’histoire d’une enfant, si fragile, dont les parents ne sont plus que fantômes qui viennent hanter les vivants…l’histoire d’un substitut de père pris dans l’engrenage de manœuvres obscures où les progrès de la science pour éradiquer certains fléaux servent à en répandre d’autres…l’histoire d’une famille qui a pignon sur rue et ne peut pas toujours cacher ses fêlures derrière les apparences…l’histoire d’un être, monstruosité humaine, sans scrupule, prêt au pire pour modeler un monde selon sa conception…des histoires d’amour, d’amitié, de haine, de souffrances, de meurtres.
C’est l’histoire d’une année dans la vie d’une toute femme, Gabrielle Demachy, une année bouleversante qui marque le passage irrémédiable de l’enfance à l’âge adulte, d’une certaine douceur à la brutalité des découvertes qu’elle fera, d’un monde protégé et serein au chaos sauvage d’une guerre qui ne ressemblera à aucune de celles qui l’ont précédée.
Un récit passionnant et très bien écrit, sans compter une description de la psychologie des personnages plutôt réussie.
29 juin 2009
Salman Rushdie, L’enchanteresse de Florence, Feux Croisés, Plon, 2008
Une passerelle entre différents monde, voilà comment je pourrais décrire ce livre : entre l’Occident et l’Orient, entre le terre-à-terre et le merveilleux, entre le passé et le présent pour les personnages qui appartiennent à cette histoire, entre l’amour et la haine - de l’amour à la haine et de la haine à l’amour parfois -, entre amitié et trahison, entre espoirs et terribles désillusions, entre les batailles sanglantes et les méditations philosophiques, entre la cruauté et la douceur, entre le pouvoir et sa perte inéluctable, entre la recherche de richesse, de gloire et la découverte que tout n’est que vanité quand la mort se présente …Le tout raconté avec une douce ironie sur la nature humaine, teintée d’une infinie tendresse pour les personnages, même les plus détestables…Le tout aussi porté par un certain nombre de réflexions sur l’étroitesse de la vision humaine, sur le sens de la vie, sur l’existence d’un dieu…
L’enchanteresse nous guide ainsi dans le dédale de tous ces mondes, créant un lien étonnant entre tous. Beauté extraordinaire, magique, dont la présence illumine ce qui l’entoure, embaume l’air du plus doux des parfums, apporte de la joie dans les cœurs même si cela ne dure pas…Fée ou sorcière, peu importe, ce qui est certain, c’est que la suivre, vous ouvre bien des mondes.
27 juin 2009
Toni Morrison, Un don, Christian Bourgeois Editeur, 2009
L’écriture,
une écriture toute en subtilité, en douceur, même pour décrire le pire, une
écriture toute en finesse pour laisser s’exprimer une « héroïne », fillette
séparée de sa mère pour payer une dette, jeune fille à l’ombre d’un semblant de
famille malgré l’esclavage, trahie par les événements et celui dont elle tombe
éperdument et désespérément amoureuse, une écriture forte et profonde pour
dévoiler les personnages, les situations, sans détail sur les paysages, si ce
n’est ceux de la pensée ou des rêves, une écriture qui nous porte tout le long
de ces 193 pages dessinant les contours de ces trafics d’être humain,
marchandises et force de travail, une écriture belle qui évoque un monde
naissant sur les espoirs des uns et les souffrances des autres, une écriture
virtuose qui donne vraiment envie de découvrir d’autres ouvrages de cette
grande dame de la littérature…
Prince de Ligne, Pensées, portraits et lettres à Casanova et à la marquise de Coigny, Rivages Poche/Petite Bibliothèque, 2002.
Voilà un homme affable, bon homme, dont il est bien agréable de parcourir les écrits. Il pourrait presque nous rendre envieux, le bougre, de ses relations privilégiées avec quelques personnages haut en couleurs de ce XVIIIe siècle des Lumières.
Une pensée : « La générosité d’argent est facile ; il n’y a qu’à être riche pour en avoir. C’est celle qui ne coûte pas un sou, celle de l’âme que j’estime. C’est une belle chose qu’un homme vraiment généreux, car il n’y a de grandeur sur la terre que dans le sacrifice de soi ».
Autre pensée : « Les méchants se mettent en garde, et les sots aussi. Les bons et les gens d’esprit, jamais. Les méchants croient lire dans les yeux qu’on les a devinés, les sots se méfient de tous ceux à qui ils trouvent de la supériorité. Les hommes bons ou spirituels ont asse bonne opinion des autres pour s’en croire aimés ».
Encore une autre pensée : « On a trop dit que l’opinion est la reine du monde. C’est la seule reine qu’il faut détrôner. Sans cela, toutes les autres le seront ».
J’avoue ma préférence, toutefois, pour la correspondance destinée à la marquise de Coigny. Ces missives, plaisantes et charmantes, ont été écrites pendant un voyage que le Prince de Ligne effectua dans le sillage de la Grande Catherine.
A lire pour la douceur de vivre qui affleure à chaque page et que cet aristocrate sans prétention ou suffisance, a su cultiver toute sa vie, malgré les terribles malheurs qui l’ont atteint parfois.
23 mai 2009
Stephen King, La tour sombre 7, La tour sombre, Editions France Loisirs, Edition illustrée, 2005
JUBILATOIRE !
Me voici arrivée au terme de quelques 3500 pages égrenées depuis maintenant un an (en alternance avec d’autres lectures)…
Une longue fresque, à l’image du Seigneur des Anneaux, ce que Stephen King ne renie pas. Bien au contraire, c’était là son ambition…Et il est vrai que tous ces héros traversent contrées et pays, pas après pas (à ceci près que pour La tour sombre, l’auteur introduit aussi d’autres mondes) jusqu’à atteindre les terres les plus hostiles et les plus désolées.
Mais là s’arrête le parallèle : l’écriture n’est en rien semblable, quelques décennies séparant ces deux écrivains, l’un se permettant ce que l’autre ne pouvait ou ne voulait pas se permettre, l’un plus cru dans ses descriptions, l’autre plus « élégant »…Quoiqu’il en soit, tout amateur de fantastique, d’aventures sans fin ou presque, ne pourra qu’apprécier ce roman fleuve, qui n’ennuie jamais, qui retient au contraire l’attention par ses multiples rebondissements, par son suspens, par son inventivité, par son caractère parfois incongru. Bref, aucune lassitude n’est à craindre à suivre Roland, le dernier des pistoleros, le dernier descendant d’Arthur l’Aîné, si obsédé par sa tour…
29 avril 2009
Alexandre Dumas, Contes pour les grands et les petits enfants, et autres histoires, Omnibus, 2004
Lire un ouvrage d’Alexandre Dumas, c’est comme aborder un rivage accueillant et serein au milieu des affres d’une tempête !
Cet ouvrage a une vertu supplémentaire : celle de nous projeter dans le passé. Nous retrouvons ainsi des sensations enfantines et nous découvrons des légendes, des mythes, des histoires encore très vivaces à l’époque où l’auteur les récoltait avidement pour les restituer un jour sur le papier.
Bien sûr, il y a toute une série de contes très connus, mais sous la plume d’Alexandre Dumas, ils se parent de nouveaux attraits…
L’écriture est si pleine d’un charme désuet, de figures de style qui ne sont plus guère d’actualité, si pleine de délicatesse. A cela s’ajoutent la beauté des descriptions, et les touches d’humour, car l’humour est très présent aussi ; un humour fin, ironique parfois, cruel souvent. Contes, légendes et mythes sont semés de morts violentes, la cruauté des hommes et des bêtes, la cruauté du diable. Heureusement, ce dernier n’est pas toujours celui qui tire son épingle du jeu.
L’ensemble
est, toutefois, à mon goût, inégal. La dernière partie, entre autre, narrant
les aventures du capitaine Pamphile m’a paru s’étirer en longueur au fil des
pages et dénote au regard des autres textes.
05 avril 2009
Enki Bilal, La trilogie Nikopol / La foire aux immortels / La femme piège / Froid équateur, Casterman 2005
Ayant beaucoup aimé Animal’Z, je me devais de lire cette trilogie, qui comme je l’indique dans mon commentaire précédant, trône depuis un moment déjà dans la bibliothèque familiale.
Evidement comparé à son dernier album, je trouve cette histoire des Nikopol père et fils, Horus et autres dieux égyptiens, Jill Bioskop, la fille au cheveux bleus, moins aboutie.
Le talent de dessinateur est, bien sûr, incontestable. L’originalité de l’histoire, le folie du monde « futur », la vanité humaine qui sont décrites sans concession, l’érotisme sans vulgarité, en font une bande dessinée au dessus du lot.
N’oublions pas : la critique est facile et l’art est difficile !
Enki Bilal, Animal’Z, Casterman 2009
Je découvre Enki Bilal, bien que son nom ne me soit pas inconnu, je le connaissais déjà : de fait, la Trilogie de Nikopol trône sur une étagère en bonne place dans mon salon, mais je ne l’ai pas encore lue.
Et je débute donc avec son dernier album. Animal’Z, de A à Z…
La beauté du trait, la sobriété des couleurs, tout en niveau de gris,avec des éclats blancs pour les effets de lumière et des touches écarlates pour le sang,les bouches, les yeux parfois et le petit robot-homard, « omar », …
Ainsi, à l’œil, c’est très beau, même si qui est dessiné évoque le très laid.
Du point de vue du scénario, des dialogues, rien n’est de trop, rien n’est artificiel…
Il y a cette réflexion sous-jacente, mais toujours présente sur le rapport de l’homme à la nature, de l’homme à l’animal.
L’histoire est terrible : quand l’home après avoir abusé des bienfaits de cette terre, sans précaution, sans appréhension des conséquences, se trouve dans un mone apocalyptique, tous les repères bouleversés. C’est noir, mais non dénué d’espoir, d’une ouverture sur un avenir peut-être possible, une promesse ? celle d’un monde meilleur ?
L’humour n’est pas absent non plus de ces sombres pages. Là aussi, comme une lueur d’espoir, comme pour montrer que l’humanité n’est pas perdue si elle sait encore rire d’elle-même.
A lire absolument.