Fred Vargas, L’armée furieuse, Viviane Hamy, 2011
Après avoir poursuivi, dans le désordre, un vampire, un loup-garou, des fantômes, un mort-vivant, le commissaire Adamsberg traque l’Armée furieuse. Qu’est-ce ?
Laissons Danglard nous expliquer, et pour se faire il cite un manuscrit, la chronique d’Hélinand de Froimond qui date du début du XIIIème siècle :
« Alors que vers midi, nous approchions de cette forêt (petite note : il s’agit de celle que traverse le chemin de Bonneval en Normandie), moi et mon serviteur, qui me précédait, chevauchant rapidement afin que l’on me prépare le gîte, il entendit un grand tumulte dans le bois, comme de nombreux hennissements de chevaux, le bruit des armes et les clameurs d’une multitude d’hommes se portant à l’assaut. Terrifiés lui et son cheval revinrent vers moi. Comme je lui demandais pourquoi il avait fait demi-tour, il répondit : Je n’ai pas pu faire avancer mon cheval, ni en le frappant, ni en l’éperonnant, et moi-même, je suis si terrifié que je n’ai pu avancer. En effet, j’ai entendu et vu des choses stupéfiantes. (…) La forêt est remplie d’âmes de morts et de démons. Je les ai entendus dire et crier : « Nous avons déjà le prévôt d’Arques, nous allons nous emparer de l’archevêque de Reims ». A cela je répondis : « Imprimons sur notre front le signe de la croix et avançons en sûreté. » (…) Lorsque nous avançâmes et parvinrent à la forêt, les ombres s’étendaient déjà et pourtant, j’entendis des voix confuses et le vacarme des armes et des hennissements des chevaux, mais je ne pus apercevoir ni les ombres ni comprendre les voix. Après être rentrés chez nous, nous trouvâmes l’archevêque à sa dernière extrémité et il ne survécut pas quinze jours après que nous eûmes entendu ces voix. On en déduisit qu’il avait été pris par ces esprits. Dont on avait entendu dire qu’ils allaient s’en saisir. »
En fait, Adamsberg va se trouver au cœur d’une double enquête : l’une pour sauver un petit délinquant, Momo-la-mèche-courte, accusé de meurtre et l’autre pour pister cette armée légendaire qui punit ceux que la justice humaine n’a pas pu atteindre.
Le commissaire va, notamment, croiser le chemin d’une famille déjantée et surdouée. Nous faisons ainsi connaissance, comme toujours avec Fred Vargas, avec des personnages atypiques et attachants. J’ai cependant une petite préférence pour les « Evangélistes », la bande de passionnés d’Histoire rencontrés dans d’autres volumes.
J’ai deviné avant la fin qui était le coupable, comme dans Dans les bois éternels (cf. mon commentaire du 22 décembre 2011), mais cela n’enlève rien au plaisir de la lecture.
Par ces températures hivernales, il fait bon se réfugier sous la couette avec un bon bouquin, non ?
Tatiana de Rosnay, La mémoire des murs, Le livre de Poche, novembre 2010
Pascaline Malon vient de divorcer. Elle va recommencer sa vie, se lancer dans tout ce qu’elle n’a pas oser, voulu réaliser, même des petites choses toutes bêtes...aller chez le coiffeur et changer complètement d’allure, lire tous ces livres qu’elle s’est offerts et n’a pas encore ouverts, se faire de nouveaux amis. Et surtout, investir un nouvel appartement, en faire son nouveau refuge. Enfin, être libre, peut-être…
Elle le trouve, son petit appartement de rêve. Elle le sent, elle l’espère, une nouvelle vie s’ouvre à elle…Seulement, bien sûr, et sans cela l’histoire n’aurait pas beaucoup d’intérêt, rien ne se passe comme prévu !
En fait, dans cet appartement, elle ne se sent pas bien du tout, vertiges, nausées l’assaillent, en particulier dans la chambre.
Pourquoi ? Elle découvre rapidement que cette chambre, ses nouveaux murs, ont été les témoins d’un crime atroce…Et là, tout bascule pour la jeune femme. Elle remonte la piste d’un tueur condamné pour six meurtres. Elle n’arrive plus à s’en dépêtrer, obsédée par ce qui est arrivé. Des blessures plus intimes s’ouvrent également, à nouveau, des blessures qu’elle pensait plus ou moins cicatrisées…Pour elle, pour certains de ses proches, plus rien ne sera jamais comme avant.
C’est un court roman (quelques 150 pages) qui décrit la descente aux enfers de son héroïne, la folie qui finit par l’anéantir…C’est bien écrit dans l’ensemble, mais sans vouloir faire un mauvais jeu de mots, cela manque d’épaisseur. La description du processus, qui fait basculer l’existence de Pascaline, aurait être plus approfondie, détaillée, travaillée, à mon sens…
A noter, que cet ouvrage précède l’écriture de Elle s’appelait Sarah (cf. mon commentaire de lecture du 22 mars 2009) ; roman dans lequel la mémoire des murs joue un rôle également prépondérant.
Gillian Flynn, Les lieux sombres, Livre de Poche, 2011
C’est glauque, très glauque…une histoire terrible, une écriture crue, parfois dérangeante…mais on veut savoir pourquoi la mère de Libby et ses deux grandes sœurs, Debby et Michelle, sont mortes…savoir si Ben, le grand frère, accusé puis condamné, est bien le coupable !
C’est avec Libby, quelques vingt cinq ans après les faits (elle n’avait que sept ans au moment des meurtres et ne semble n’avoir échappée à la mort que par miracle), que le lecteur va fouiner, enquêter, réveiller les souvenirs, retrouver et consulter les anciens témoins, pour comprendre ce qui s’est réellement passé dans la nuit du 2 au 3 janvier 1985. Pourquoi tant d’années après ? Parce qu’un club de passionnés pousse la jeune femme à le faire contre quelques subsides dont elle a bien besoin !
Mais il ne faut s’y fier : ce n’est pas une enquête classique, grâce à laquelle la vérité éclate, et du coup, les innocents trouvent enfin la paix et les coupables sont arrêtés et emprisonnés comme de juste pour leurs méfaits ! Rien de tel, pas de manichéisme dans cette sombre histoire !
D’abord, l’héroïne n’en est pas une au sens habituel : c’est une menteuse, une arnaqueuse, une paresseuse, déglinguée par la vie, qu’elle songe très régulièrement à quitter par des moyens expéditifs…Son enfance (celle d’avant le triple assassinat, après évidement, c’est encore pire) n’a rien eu de rose. Sa mère, endettée jusqu’au cou, tentant de maintenir à flot la misérable ferme familiale, ne s’en sort pas ! Sans compter ses quatre enfants et un conjoint minable, toujours fauché, ivrogne, malfaisant, ne faisant que d’épisodiques apparitions pour réclamer de l’argent.
Et il y a Ben surtout, adolescent de quinze ans, qui échappe à tout contrôle, mal dans sa peau, tenté par les drogues, mené par des pulsions de violence, d’annihilation…
Le récit , raconté à plusieurs voix, permet une immersion de plus en plus profonde dans ces marécages nauséabonds : Libby, de nos jours, avec ses états d’âme et les éléments qu’elle rassemble peu à peu comme les pièces d’un puzzle, Patty, la maman, et Ben, qui nous racontent, tous deux, comment ils ont vécu, chacun de leur côté, les dernières heures avant le massacre.
A la fin, bien sûr, nous découvrons ce qui s’est réellement passé et, franchement, la vérité s’avère inattendue, en partie du moins…
C’est redoutable et il est bien difficile de se défaire de ce livre, même une fois refermé…
Ames sensibles, passez votre chemin…
Antoine Bello, Les éclaireurs, Folio 2010
Où l’on retrouve Sliv Dartunghuver au sein du Consortium de Falsification du Réel…dont il s’évertue à découvrir les secrets. Il s’agit, en effet, de la suite de Les falsificateurs (cf. mon commentaire de lecture du 1er septembre 2008).
Brillant, notre héros s’impose petit à petit au sein de cette organisation, dont les arcanes se dévoilent aussi étape après étape…Tout semble donc aller pour le mieux…Même ses relations un peu tendues avec son homologue danoise, Lena Thorsen, semblent s’améliorer !
Mais voilà, tout bascule lorsque se produit l’attentat contre les tours jumelles du World Trade Center et que Sliv commence à se demander sérieusement quel rôle le CFR a bien pu jouer dans ce drame, car certains faits tendent à prouver qu’il y aurait un lien avec quelques dossiers créés et diffusés par cette organisation secrète…
En outre, les Etats-Unis s’emploient, pendant les semaines et les mois qui suivent, à préparer la guerre contre « l’axe du mal », sur la base d’allégations infondées comme le constatent Sliv et ses comparses…De fait, un membre du Consortium (mais qui ?) les trahit et invente un réseau de données poussant les américains à envahir l’Irak !
Sliv va donc tenter de débusquer le traître et, enfin, apprendre le fin mot de l’histoire : celui de la raison d’être du CFR…
Seulement voilà, moi, lectrice assidue, que ce Consortium de Falsification du Réel intrigué, grâce notamment au 1er tome, je n’y ai guère trouvé mon compte, dans ce fin mot de l’histoire !
Comme si l’auteur ne savait pas lui-même comment expliquer ou justifier l’existence de cette organisation !
Les terribles événements du 11 septembre 2001 ne sont, finalement, qu’un prétexte à un montage qui m’apparaît, malheureusement, superficiel. L’auteur a t’il manqué d’inspiration ?
Le récit reste, dans l’ensemble, accrocheur, mais le fond est sans relief, ce qui est bien dommage…
Fred Vargas, Sous les vents de Neptune, Editions J’ai lu, juin 2010
La photo d’un corps percé de trois blessures dans un journal…Adamsberg la voit sans vraiment s’y attarder, mais elle déclenche un profond malaise, sans compter d’autres indices, perçus du fin fond de sa conscience…
Lorsqu’il comprend ce qui le trouble tant, il sait qu’il va devoir reprendre sa traque, celle d’un assassin poursuivi depuis près de trente ans…même si l’homme est mort et enterré ! Il lui faut poursuivre ce « mort-vivant » pour délivrer son frère du poids d’un crime dont notre commissaire est persuadé qu’il n’est pas l’auteur…
Obligé de quitter la France pour le Québec avec une partie de son équipe à l’occasion d’une formation, il croit devoir abandonné un temps ses recherches. En fait, il se pourrait bien que le « mort-vivant » l’ait rattrapé de l’autre côté de l’Atlantique. A moins que sa quête obsessionnelle et son implication personnelle ne l’aient poussé à un acte irréparable ?
Tout l’accable et Jean-Baptiste Adamsberg pourrait bien se laisser sombrer. Même Danglard semble lâcher prise, l’a trahi peut-être…
Heureusement, des femmes hors du commun vont prendre faits et causes pour lui et l’aider à se tirer de ce mauvais pas : il y a tout d’abord le lieutenant Retancourt, indéfectible soutien, malgré son apparente antipathie pour lui et puis, Clémentine et Josette…deux vieilles femmes aux multiples et étonnantes ressources…Josette surtout qui sous son minois fragile et ses manières de bourgeoise déchue, cache de redoutables savoir-faire ! Je n’en dévoilerai pas la nature pour ne pas gâcher la découverte de cette enquête tortueuse qui va mener Adamsberg aux confins de la folie…
C’est avec beaucoup de plaisir que nous pouvons mettre nos pas dans les siens et l’y suivre…
Trinh Xuan Thuan, Le cosmos et le lotus, Albin Michel, 2011
L’auteur est un astrophysicien, pétri d’humanisme, dont les convictions scientifiques n’empêchent pas la quête spirituelle sur les bases du bouddhisme.
Dans le courant de cette année 2011, qui touche à sa fin, j’avais eu l’occasion de parcourir quelques 600 pages de son Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles, paru en 2009, aux éditions Plon/Fayard. J’avais beaucoup apprécié sa manière didactique de définir toutes les notions astronomiques et l’état des connaissances actuelles sur cet univers sans fin dont nous faisons partie.
Aussi, j’ai parcouru avec plaisir ce livre « autobiographique » qui décrit certes les principales étapes de la vie de ce grand savant, avec beaucoup de pudeur, mais surtout dans lequel il évoque sa vision de la science et du monde qui nous entoure.
De fait, si la première partie est plutôt consacrée à des données biographiques, la deuxième et la troisième traitent de sa démarche scientifique et de ses convictions philosophiques. Ces deux parties font, pour moi, la principale force de cet ouvrage : dans une langue accessible à tous, Trinh Xuan Thuannous fait partager sa passion, son amour pour les beautés de notre planète, pour celles des milliards de galaxie découvertes à ce jour, pour l’être humain, malgré les horreurs dont il est capable…
Extrait : « Ce n’est plus à démontrer, la science et ses applications technologiques nous ont procuré d’immenses bienfaits, mais elles ont aussi été à l’origine de ravages pour le moins aussi importants. Malgré toutes les connaissances qu’elle nous apporte- aucune description valable du monde naturel aujourd’hui ne peut ignorer les acquis des théories de la relativité, de la mécanique quantique et de l’évolution des espèces-, la science n’a rien à dire sur la façon de mener notre existence et de vivre en société. Elle ne suffit pas pour nous rendre heureux. Il n’y a qu’à observer la population des pays les plus avancés scientifiquement et technologiquement : si le confort matériel y est grand, il n’empêche pas le mal-être émotionnel et psychologique. Celui-ci est peut-être même plus intense dans les pays les plus développés. La science moderne a énormément contribué à alléger notre quotidien, mais elle ne peut pas nous offrir le bien-être moral. C’est seulement en nous transformant intérieurement que nous pouvons espérer atteindre la sérénité et le bonheur. Seule, la science est inapte à développer en nous les qualités humaines indispensables à ce bonheur, car par elle-même elle est incapable d’engendrer la sagesse. (…) Ces qualités ne peuvent venir que d’une « science de l’esprit », ou spiritualité. Celle-ci est à même de nous éclairer dans nos choix moraux et éthiques afin que nos connaissances servent le bien de tous. Loin d’être secondaire par rapport à la science, voire superflue, la spiritualité doit avoir partie liée avec elle. »
…sans compter qu’il faudrait savoir simplement faire preuve d’un peu de bon sens et d’humanisme…
Fred Vargas, Dans les bois éternels, Editions J’ai lu, août 2009
Une ombre…ou plutôt des ombres.
Ce sont elles que le commissaire Adamsberg doit affronter : l’ombre d’une religieuse, sainte Clarisse, meurtrière et elle-même victime d’un assassinat en 1771, celle d’une infirmière toute aussi criminelle, évadée de prison et qui pourrait bien vouloir poursuivre sa route semée de cadavres, celle d’un étrange tueur de cerfs, celles d’anciennes connaissances qui resurgissent soudain de son propre passé peut-être pour le défier…
Et puis, il y a ce manuscrit du XVème siècle, De reliquis ou « des reliques sacrées et de tous les usages qui peuvent en être faits, tant pour la santé du corps que pour la salubrité de l’esprit, et des médications utiles qu’on en tire pour prolonger la vie… » qui propose ainsi rien de moins qu’une recette pour bénéficier de la vie éternelle !
Comment notre commissaire, son inséparable Danglard, amoureux de la dive bouteille et esthète à ses heures, l’indispensable lieutenant Retancourt, femme forte sous toutes les sens du terme, le versificateur Veyrenc qui fait ici sa première apparition, et tous les autres (à noter que cette fois, c’est Matthias, le passionné de préhistoire qui va donner un petit coup de main – un des « Evangélistes » donc) vont-ils pouvoir démêler cet écheveau complexe ?
C’est encore un roman policier passionnant que nous offre Fred Vargas !
Je n’évoquerai plus son humour que j’ai déjà tant salué et qui ne fait jamais défaut, mais je voudrais souligner ici un autre attrait, et non des moindres, de ses livres : le mélange toujours très réussi du réel et d’un semblant de fantastique, du présent et du passé dont l’évocation n’est pas du tout anodine dans le fil de l’enquête. Evidement, son amour de l’histoire et de l’archéologie l’explique et comme je partage grandement cette passion…j’adore !
Charles Dickens, Les aventures d’Oliver Twist, Folio Classique, janvier 2011
Lire A Christmas Carol (cf. mon commentaire de lecture à ce sujet) m’a donné envie de découvrir les autres oeuvres de ce grand auteur…
Voici donc les aventures d’un jeune garçon, dont les origines sont un mystère…puisqu’il naît dans un hospice d’une mère, morte en couche, qui n’a révélé ni son nom, ni celui du géniteur responsable de sa venue au monde.
Ainsi se voit-il confié dès sa naissance, par les hasards d’un funeste destin, aux bons soins d’un orphelinat et de la « générosité » de la paroisse dont il dépend ; générosité toute relative que Charles Dickens décrit avec une ironie féroce, derrière laquelle sourde une profonde révolte pour les traitements réservés aux plus pauvres et aux plus démunis du royaume d’Angleterre en cette fin du XIXème siècle.
Mais ce ne sont là que les prémices des malheureuses expériences et des heureuses rencontres que va faire notre jeune héros : il va devoir affronter des personnages fourbes, exploiteurs de son dénuement, des voleurs intrigants qui l’enrôlent de force dans les sombres et glauques rues de Londres, un ennemi terrible qui veut sa perte, un assassin…bienheureusement, surgissent aussi au fil des pages, de véritables amis qui viennent à son secours et lui permettront de découvrir le secret de sa naissance…
Ce que je trouve remarquable dans ce récit, c’est cette formidable ironie dont fait preuve l’auteur pour décrire certains de ses personnages ou certaines situations, comme je l’évoque un peu plus haut…Par ce biais, Charles Dickens se montre sans concession vis-à-vis des bassesses humaines, de la cupidité, de la jalousie. Il les éclaire avec un sens poussé de la dérision et montre à quel point l’homme peut être détestable, voire ridicule, mais aussi dangereux pour lui-même et pour les autres quand ces sentiments néfastes forment le terreau de tous ses projets et de tous ses actes.
A l’opposé, la noblesse d’âme, la droiture, l’affection réelle vont donc sauver Oliver Twist …C’est un peu manichéen, mais il ne faudrait pas faire abstraction des valeurs morales de l’époque. Valeurs universelles, il est vrai, qui devraient toujours avoir leur place aujourd’hui, à condition de ne pas oublier que a priori dans l’existence, tout n’est pas tout blanc ou tout noir…La vie peut déployer un bien plus grand panel de couleurs…Tout en nuances !
Arnaldur Indridason, La voix, Points Policier, P1831, janvier 2008
Et voilà, avec cet opus, j’ai épuisé la bibliographie publiée jusqu’à ce jour par Arnaldur Indridason.
Résumons la situation : un homme déguisé en Père Noël est trouvé mort dans le sous-sol d’un hôtel islandais en pleine saison touristique, à la veille des fêtes de fin d’année ! Pire que cela, il est en partie dévêtu et un préservatif enfilé sur son sexe laisse penser qu’il était occupé à toute autre chose qu’à aller émerveiller et amuser les petits pensionnaires dudit hôtel…
Erlendur Sveinsson, qui n’est pas très enthousiaste à l’approche de ces festivités, en profite pour s’installer le temps de son enquête dans une chambre de l’établissement, sur les lieux du crime donc…échappant ainsi à son austère appartement et aux questions relatives à l’organisation de son propre Noël !
Cette enquête policière dans la morsure de l’hiver islandais m’a nettement moins plu que les autres ! Je n’ai pas tellement accroché à cette histoire d’un ancien prodige du chant, à l’enfance volée par un père qui souhaitait en faire une star et dont tous les espoirs ont été fort déçus…Il s’agit de vies brisées, d’un drame familiale comme les affectionne l’auteur, mais je n’y ai pas perçu la force et la profondeur de La femme en vert et d’Hypothermie (cf. les commentaires de lecture que je leur ai consacré). Mais il faut admettre que ces deux romans sont vraiment géniaux et qu’il est difficile d’être toujours à ce niveau…
Vivement la sortie du prochain Arnaldur Indridason !
Charles Dickens, A Christmas Carol, illustrated by P. J. Lynch, Walker Books, 2009
Ce conte de Dickens est indubitablement mon conte préféré avec La reine des neiges de Hans Christian Andersen !
Le découvrir dans sa langue originelle a été pour moi un double défi : je n’ai pas une parfaite maîtrise de l’anglais et certaines tournures de phrases comme certaines expressions issues du XIXème siècle n’ont pas été aisées à traduire.
Cela a été un ardu, mais pur plaisir ; plaisir rehaussé par les illustrations assez réussies qui agrémentent les aventures et mésaventures (ce dont on le plaindra pas) de M. Ebenezer Scrooge.
Charles Dickens n’a pas son pareil pour décrire toute la sécheresse de cœur et l’avarice de son « héros », avec une touche d’ironie, non dénuée d’un peu de pitié et de tendresse. D’autant que Scrooge aura l’intelligence de reconnaître qu’il se fourvoyait en laissant son amour pour l’argent dominé son existence.
Ce conte est avant tout, à mes yeux, un plaidoyer en faveur d’une forme d’humanisme. Ainsi l’empathie, la générosité envers les autres, voilà ce que prône l’auteur…mais pas uniquement, car se dessine également en filigrane, un avertissement : le temps file, nous échappe et nous oublions trop souvent, mus par des noires passions ou obnubilés par des mirages, que l’essentiel est bien plutôt dans notre manière de vivre, d’aborder cette vie et dans ce que nous en faisons…
