L'aventure des mots

25 avril 2012

Les illustrations de David Sala

la colère de bansheeJean-François Chabas et David Sala, La colère de Banshee, Les albums Casterman, 2010.









le bonheur prisonnierJean-François Chabas et David Sala, Le bonheur prisonnier, Les albums Casterman, 2011.









le coffre enchantéJean-François Chabas et David Sala, Le coffre enchanté, Les albums Casterman, juillet 2011.



 

 

 

 

 

 

Trois albums, trois contes et surtout trois séries d’illustrations soignées, foisonnantes, éclatantes !

Ces albums sont magnifiques, pour les histoires qu’ils racontent et esthétiquement parlant.

David Sala, celui qui dessine, affectionne les couleurs vives et l’or en particulier, dont  il use en grande quantité dans La colère de Banshee.

Cet opus est mon préféré : inspiré d’une légende irlandaise, il permet à l’illustrateur d’y déployer tout son talent et le lecteur, quelque soit son âge, ne peut rester insensible à sa beauté et en prend plein les yeux !

Seul bémol : pourquoi faut-il que ces ouvrages, élaborés par leurs auteurs avec vraisemblablement beaucoup de soin, soient imprimés en Chine ?

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23 avril 2012

John Burnside, Les empreintes du diable, Métailié, 2008

les-empreintes-du-diable-john-burnside-9782864246367Extrait : « En ce matin d’hiver d’il y a bien longtemps, les premiers levés, boulangers et marchands d’accastillage, femmes sortant chercher du charbon, pêcheurs qui ne prenaient pas la mer ce jour-là mais s’étaient réveillés par habitude ou par impatience, furent les premiers témoins de ce que, plus tard, la ville entière décida d’appeler « Les Empreintes du diable », désignation qui non seulement perdura, mais qui constituait en outre, pour des raisons jamais admises, même en leur for intérieur, une description aux évocations fantasques qui resterait à tout jamais, pour les gens de l’extérieur aussi bien que pour la descendance locale, voilée d’incrédulité ou d’ironie. Les Empreintes du diable : un titre, tel celui d’un cantique ou d’un livre emprunté à la bibliothèque par un après-midi de pluie et relégué plus tard comme un ramassis de sornettes ; une formule jamais énoncée qu’en tant que citation, pour peu qu’elle le soit, comme si l’appellation attribuée par leur soin à ce qu’ils avaient vu leur avait été envoyé du tréfonds de l’au-delà, de même que ces traces dans la neige, des traces nettes, noir d’encre, laissées par quelque créature aux pieds fourchus, quelque être qui non seulement était allé sur deux jambes par les rues et les venelles d’un bout de la ville à l’autre, mais avait aussi escaladé leurs murs et traversé leurs toits pentus bordés de redents, poursuivant une trajectoire rectiligne au travers de leur territoire endormi. Plus tard, ils se pencheraient sur ce phénomène, cherchant une explication qui leur permette de retourner, sereins et bienheureux, à leurs fours, filets et éviers, et découvriraient que les traces commençaient sur la grève, juste au-dessous du petit cimetière situé à la sortie ouest du bourg, comme si la créature avait émergé des vagues, franchi l’étroite plage lavée par les marées où la neige avait tenu, puis en silence, à grands pas décidés, avait remonté James Street, grimpé sur le toit de l’église pour ensuite redescendre en sautant au-dessus du filet d’un torrent qui traversait Coldhaven par le milieu et départageait ainsi l’ouest et l’est de la ville, longé Cockburn Street et escaladé les maisons dans Toll Wynd avant de décamper plus loin dans les champs, vers l’arrière-pays, où personne ne prit la peine de suivre. »

 

Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas là d’un roman fantastique. Les empreintes du diable ne constituent qu’un « prétexte » au récit qui se déroule dans ce petit bourg écossais.

De fait, le véritable déclencheur de cette histoire, contée par son principal protagoniste, Michaël Gardiner, c’est la mort d’une femme du village, Moira Birnie et de ces deux enfants, deux petits garçons encore trop jeunes pour fréquenter les bancs de l’école.

Ce qui va intriguer le héros de cette histoire, ce n’est pas tant que Moira se soit donner la mort en y entraînant sciemment une partie de sa progéniture, mais c’est le fait qu’il l’ait connue, qu’il soit sorti un temps avec elle, quelques quinze ans plus tôt, et qu’elle est laissé vivre son aînée, Hazel, abandonnée sur un sentier avec quelques effets, le matin du drame…

Le doute s’installe dans l’esprit de Michaël : et si Hazel était sa fille ? Et s’il se devait de la protéger d’un « père » ivrogne et potentiellement violent qui serait à l’origine du terrible geste de sa mère ?

Une sorte de folie douce et temporaire s’empare alors de Michaël, lui si paumé au milieu d’une existence qu’il laisse glisser sur lui, comme indifférent. Et tant pis, si son union avec la jolie Amanda, qui s’étiole déjà depuis quelques temps, sombre corps et âme en raison, en partie du moins, de la tempête intérieur qu’il subit.

Peut-être, lui l’adolescent meurtrier qu’il a été, l’adulte inconsistant qu’il est devenu, finira par trouver ses propres réponses et un semblant de paix…

Dans l’ensemble, j’ai trouvé ce récit moins réussi et moins captivant que celui de Scintillations (cf. mon commentaire de lecture du 6 avril dernier). L’adolescence, ses débordements, sa violence, fascinent John Burnside et il sait les restituer avec brio tout comme les interrogations existentielles de son héros, mais il manque ici, toutefois, le souffle et la force qui habitent Scintillations.

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22 avril 2012

fleur avril 2012Fleur fragile et éphémère...Symbole du printemps, déploiement de la nature et de ses beautés.

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David Vann, Désolations, Gallmeister 2011

book_v_517Ce pourrait être le début d’une aventure, d’une nouvelle vie : Gary et Irene vont bâtir une cabane sur la petite île de Caribou, au milieu d’un lac glacé de la péninsule de Kenai en Alaska.

Seulement voilà, ce n’est pas le projet d’Irene, c’est celui de Gary. Un rêve pour cet homme qui est venu s’installer sur les rives de ce lac pour fuir le monde, pour trouver un lieu sauvage, authentique, se trouver peut-être lui-même et maintenant, que leurs deux enfants sont adultes et suivent leur propre chemin…

Irene, jusque là, l’a suivi, mais ce projet de cabane sur un îlot isolé de tout, ne l’enchante absolument pas. Une cabane qui n’est même pas ébauchée alors que le mauvais temps, l’hiver s’annonce déjà, trop tôt, trop vite.

Les premiers rondins sont chargés et transportés vaille que vaille jusqu’à l’île déserte sur une petite embarcation qui semble bien fragile pour de telles manœuvres. Il fait un temps épouvantable -la pluie déferle, glaciale, et les rafales de vent sont décapantes-…

Le projet démarre mal. Irene tombe malade et souffre d’étranges et terribles maux de tête, inexplicables et se transformant vite en torture…

Mais les maux externes ou physiques ne sont rien. Ce qui sourde là, ce sont les rancoeurs accumulés : Gary reproche sa vie ratée à son épouse, Irene lui en veut de ne pas avoir, jamais, su mener de vrais projets jusqu’au bout. Elle sait que la cabane n’est qu’un prétexte, qu’il veut la quitter.

Au début à mots couverts, petites remarques et gestes discrets mais bien visibles, ils s’accusent, se vengent l’un de l’autre. Cela ne dure qu’un temps. La violence des échanges va s’intensifier et bientôt les mener jusqu’à l’irréparable. Seule leur fille, Rhoda, soupçonnera ce qui se trame vraiment…

Dans l’ensemble, ce récit m’a laissé une drôle d’impression : la description du déchaînement des éléments, de la dureté du quotidien de ces personnages, affrontés à une nature indomptable, est magistrale. Cependant, les errements intimes du couple Gary-Irene ou ceux des autres personnages de ce roman, embourbés dans une vie sentimentale ou une vie tout court, un peu compliquée, m’ont paru bien des fois alambiqués, artificiels. Même s’il est vrai que les haines ordinaires, creusant un fossé immense entre les deux principaux protagonistes, répondent à un certain réalisme : chacun peut considérer l’autre comme responsable de ses propres ratages, faiblesses ou dérives.

Ici, le dénouement est sans appel.

Glaçant.

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06 avril 2012

John Burnside, Scintillation, Métailié, 2011

couv-burnsideIl y a l’Intraville, la zone prolétaire, et l’Extraville, la zone plus bourgeoise.

Il y a l’Usine, accolée à l’Intraville, une usine chimique, désaffectée, poison géant, sur le bout de la presqu’île, comme une lèpre sur cette terre.

Il y a ces étranges disparitions, celles d’adolescents, envolés comme fumées au vent, dont on prétend qu’ils ont fugué pour découvrir le monde, avoir une meilleure vie, quelque part, ailleurs…

Il y a la lâcheté des adultes, leur résignation, l’apparence de l’indifférence, la peur, la honte…

Il y a Morrison, le flic, plus vigile bonhomme, qu’enquêteur de choc, trop servile, et incapable d’affronter l’ignominie de ce qui est réellement advenus de ces enfants disparus…

Il y a Léonard, qui a atteint l’âge qu’avaient ses camarades quand ils se sont « volatilisés »…

Il y a l’Homme-papillon, le seul « étranger » du lot, le seul ami (adulte) de Léonard…

Nous ne connaissons ni le lieu de manière précise, ni l’époque. Bien qu’elle ne soit sans doute pas très éloignée de la nôtre.

Chaque chapitre nous fait découvrir de nouveaux éléments à travers le point de vue des différents protagonistes - le fil conducteur restant Léonard-. L’histoire s’agence, se « rassemble » comme les pièces d’un puzzle pour former un tout, une image. Mais il ne faut pas s’y fier : la fin reste énigmatique à souhait, en harmonie avec l’ensemble du récit. En bref, l’image reste floue…

Tout est à la fois d’une beauté sans pareille, une beauté maligne, et d’une toxicité repoussante. Tout paraît désespéré, et pourtant habité de lumière.

Sous la plume de John Burnside, s’ouvre une sorte de monde parallèle aux troublantes ressemblances avec le nôtre, dans lequel les personnages évoluent au gré d’un destin auquel ils ne peuvent que se soumettre. L’écriture est parfaitement maîtrisée. C’est un thriller fantastique, mais aussi une réflexion sur la vie, sur le sens que nous pouvons lui donner, sur sa beauté ou sa laideur.

 

Extrait : « L’usine chimique est toujours belle, même quand elle fait peur ou qu’on remarque à quel point l’endroit est triste, quand tous les petits scintillements de ce qui existait avant – les bois, l’estuaire, les plages – transparaissent et qu’on se rend compte que ça devait être incroyable, autrefois. Par moments on arrive encore à le sentir. Par exemple de bonne heure les matins d’été : demi-jour, les bâtiments en ruines, qui se dressent hors des ombres, les derniers oiseaux nocturnes s’appelant d’une haie à l’autre sur la route de l’ancienne ferme qui longe les bois de l’est et descend jusqu’à la mer. Une heure de plus, et c’est complètement différent. La route de la ferme est aussi droite d’une barre de fer et d’un blanc cendreux, encore fantomatique à cette heure, floue et vague, comme si elle n’était pas tout à fait remise du clair de lune. Les haies sont ponctuées de fleurs blêmes de vaillante allure. De temps à autre, on distingue un bateau dans le chenal, loin au large, et parfois, ce sera un bateau transportant des passagers, au lieu des habituels navires utilitaires qui sillonnent la mer dans les deux sens, acheminant leur chargement de déchets industriels ou de combustible usagé vers les villes heureuses qui se succèdent plus loin sur la péninsule. On ne voit personne sur les ponts, mais ces navires sont en bon état et ont de petits hublots ronds tout le long du flanc, là où se trouvent peut-être des cabines. Peut-être que les gens sont tous endormis là-bas dedans, ou assis par petits cercles joyeux dans la salle à manger, en train de prendre leur petit déjeuner en planifiant la journée à venir. Notre extrémité de la péninsule n’est pas un endroit qu’ils auraient envie de voir, même par curiosité. S’ils venaient à scruter la côte quelque part - plus loin sur la presqu’île, supposons, au-delà de la jetée de béton -, ils pourraient voir de la fumée dans les bois de l’est, de fines volutes jaunâtres parmi les feuillages, comme les signaux de fumée dans les vieux westerns. Ca pourrait être moi ou un autre garçon de l’Intraville, qui passe la nuit dehors pour ne pas entendre son père respirer, allongé dans la pièce voisine, chaque souffle à un doigt de l’absence totale, nouveau motif de peur mais aussi de célébration. »

 

 

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25 mars 2012

Jules Michelet, La sorcière, Garnier-Flammarion, 1966

michelet_sorciere_L25Publié en 1862, cet essai sur la figure de la Sorcière de l’Antiquité au siècle des Lumières, est un plaidoyer contre l’ignorance, l’intolérance, les souffrances infligées aux plus faibles, femmes, enfants, pauvres bougres, et surtout contre les fourberies et la bassesse de l’Eglise et de ses représentants.

L’auteur décrit ainsi, avec l’art de l’historien et sa vision d’homme du XIXe siècle, l’évolution de l’image de la Sorcière, de devineresse, guérisseuse, liée aux forces de la nature à l’âme damnée, s’adonnant au Sabbat (lui-même dénaturé au fil des siècles), livrant son corps au diable et à ses disciples.

Il s’affaire surtout à l’évocation de certains cas, les possédées de Loudun ou de Louviers, certains procès qui ont, en leur temps, créé le scandale. Il dénonce les manipulations, l’asservissement des plus vulnérables comme ces nonnes toutes à la coupe de directeurs de conscience sans scrupule. Elles sont loin des yeux du monde, isolées, désespérées d’ennui, à la merci de leurs sens exacerbés,  et pas toujours aussi innocentes, blanches colombes que l’on voudrait bien le croire…

D’une lecture parfois un peu fastidieuse, car écrit dans le langage érudit de l’époque, ce texte n’en est pas moins une étonnante diatribe contre les institutions religieuses, contre les superstitions, la stupidité et la lâcheté de beaucoup, l’abus de pouvoir des puissants sur plus faibles qu’eux, la cruauté… et cela non sans une dose d’ironie acerbe…

Instructif et toujours d’actualité par certains aspects : qu’on en juge par rapport aux traitements infligés aux femmes dans bien des régions du monde.

En chaque femme, se cache peut-être une « sorcière », assoiffée de liberté, de connaissances et de reconnaissance, révoltée, aimante, fragile, mais assez forte pour braver bien des souffrances et des peines… une « sorcière » qui attire et effraye, qui fascine et est parfois haïe, une « sorcière » que d’aucuns veulent toujours asservir.

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Val McDermid, Noirs tatouages, Editions du Masque, 2008

9782702433317Cela démarre un peu comme L’homme du Lac d’Arnaldur Indridason (cf. mon commentaire de lecture du 10 février 2011) : une intervention inopinée de la nature va révéler au grand jour ce qui était englouti dans les tourbières de Lake District, à savoir des restes humains.

La comparaison s’arrête là.

Si dans l’ouvrage de l’auteur islandais, il s’agit de nous transporter au temps de la Guerre froide et des manœuvres politiques visant à l’extension du communisme, c’est à un autre voyage dans le temps que nous convie Val McDermind.

Dans son roman, en effet, nous accompagnons une jeune chercheuse, Jane Gresham, passionnée de poésie, sur les traces d’un improbable manuscrit. Ce dernier serait l’œuvre de William Wordsworth, un poète du XIXe siècle, et raconterait les tribulations de son ami Fletcher Christian, le plus célèbre des mutins, le meneur des révoltés du Bounty. Or, contrairement à la version officielle selon laquelle il serait mort à Pitcairn, le mutin aurait regagné l’Angleterre secrètement dans le vain espoir de se voir réhabilité…

Le cadavre de Lake District pourrait-il être le sien ? Les indices laissant penser que Wordsworth aurait rédigé un long poème épique sur son destin tragique, vont-ils permettre une incroyable découverte, procurant gloire et richesse ?

De toute évidence, une personne y croit à tel point que pour trouver cet éventuel trésor, elle n’hésite pas à tuer.

Jane Gresham va rapidement devenir le suspect n°1, d’autant qu’elle se trouve mêler de très prés à un autre crime impliquant sa jeune protégée et amie, Tenille Cole, gamine de 13 ans, qui n’a pas froid aux yeux.

L’idée d’un jeu de cache-cache entre les différents protagonistes pour découvrir un précieux ancien manuscrit est originale.

Cela constitue à mon sens, le principal attrait de ce roman.

De plus, se greffe sur cette trame, le cas difficile de Tenille, confrontée à un environnement familiale, social, et pour tout dire criminel,  qui lui laisse bien peu d’espoir de réussir sa vie.

Toutefois, le suspens n’est pas particulièrement haletant (j’ai compris assez vite qui ourdissait meurtres et tentatives de meurtres). Le fond est assez convenu, sans surprises.

Une lecture distraction. Ce qui est déjà pas si mal.

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09 mars 2012

Fred Vargas, Un peu plus loin sur la droite, Viviane Hamy, 1996

un-peu-plus-loin-sur-la-droite_couvDans ce livre de mon auteur de romans policiers préféré, voilà que je fais la connaissance de « l’Allemand », de son véritable patronyme, Louis (ou Ludwig) Kehlweiler.

Ce fouineur, ce jusqu’au-boutiste a été viré des sphères ministérielles qu’il parcourait inlassablement avec obstination (et mauvaise réputation, raison de son éviction), mais il ne lâche pas le morceau pour autant…Pour preuve, il continue à faire jouer son réseau de contacts et se sert des lieux parfois les plus passe-partout, par exemple toute une série de bancs publics (numérotés pour les identifiés plus aisément), comme relais de ses investigations.

Ainsi, c’est aux abords du banc n°102, qu’il va faire une étrange découverte : un bout d’os humain, issu d’un orteil pour être tout à fait précise, abandonné là via les déjections d’un chien un peu trop vorace …

Kehlweiler tient donc un petit bout de cadavre et il le sait, il en est intimement persuadé, il s’agit d’un crime. Il  lui faut donc retrouver le corps, coûte que coûte, pour remonter la piste jusqu’à l’assassin !

C’est ce qu’il va faire avec l’aide de Marc Vandoosler, Saint Marc (cf. Debout les morts et Pars vite et reviens tard respectivement commentés les 23 août et 20 novembre 2011). Les indices qu’ils rassemblent les poussent, bon gré mal gré, jusqu’à Port-Nicolas en Bretagne…

 

Globalement, j’ai trouvé que Kehlweiller a moins de charme qu’Adamsberg. Il possède, en effet, un côté plus agaçant, mais au final, il est vrai, tout aussi efficace.

Ce qui me plaît également avec le commissaire Adamsberg, ce sont ses acolytes, ses indispensables seconds couteaux, qui ajoutent du piquant (désolée pour ce mauvais jeu de mots) à chacune de ses enquêtes. « L’Allemand », si différent, n’a pas de collaborateurs proches de lui, prêts à le soutenir, à l’aider, parfois à le sauver comme un Danglard ou une Retancourt.

Ce roman m’a moins enthousiasmé. Sans doute aussi parce que l’intrigue comporte bien moins de connotations fantastiques que les autres récits issus de l’imagination de Fred Vargas. 

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03 mars 2012

Iain Pears, Le cercle de la croix, Belfond, 1998

9782714434944FSOxford dans les années 1660.

Un homme meurt empoisonné, le Dr Grove, titulaire d’une chaire à New College. Une jeune femme, Sarah Blundy, est accusée du crime, condamnée et pendue. Présenté ainsi, ce meurtre pourrait presque ressemblait à n’importe quel fait divers sordide faisant la Une de nos journaux actuels.

Seulement ici, il s’agit d’un roman historique agencé sur la base de quatre versions, le plus souvent totalement différentes les unes des autres, des événements tragiques décrits de manière lapidaire ci-dessus. Quatre versions par quatre témoins.

Et c’est dans ces divers témoignages que vient se nicher toute la force de ce roman et, surtout, c’est grâce à eux, que semblent se dénouer peu à peu les fils de l’écheveau de cette tortueuse et étonnante histoire.

L’intrigue est, en effet, plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord : ainsi, se mêlent des complots politiques, des conflits religieux, des découvertes scientifiques majeures, la cupidité des uns, la folie des autres, l’amitié, les trahisons, l’amour, la disparition d’êtres aimés ; la culpabilité, l’innocence qui changent souvent de camp… 

L’auteur a réussi le coup de force d’incarner littéralement chacun des quatre témoins : chaque récit est vraiment convaincant ! Le lecteur ne sait plus qui croire, même si du premier au dernier témoignage, la lumière semble se faire. Mais, en fait, une part d’incertitude demeure bien au-delà de la dernière ligne…

C’est foisonnant, intense, très bien écrit.

Un roman dans l’esprit de Le nom de la Rose d’Umberto Eco (je n’invente rien : cette comparaison a été faite dans The Times, au moment de la sortie de ce livre).

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Enki Bibal, Julia & Roem, Casterman, 2011

Enki-Bilal-revient-le-4-mai-prochain-avec-Julia-et-Roem_referenceOu une reprise de Roméo et Juliette façon Enki Bilal !

Un graphisme irréprochable qui reprend les nuances de Animal’Z (voir mon commentaire du 5 avril 2009) pour décrire le monde d’ « après ». Celui qui suit « le coup de sang » ayant provoqué un cataclysme dont la Terre et les survivants émergent dévastés, sans repère, en perte de toute cohérence.

Et voilà que se croisent quelques héros improbables dont les noms et prénoms ne sont pas sans évoqués une tragédie, célèbre pendant des siècles, mais inconnue pour les plus jeunes (seuls ceux qui ont vécu « avant » se souviennent). Et elle se rejoue cette tragédie dans les étages supérieurs d’un hôtel        inachevé, tel une forteresse émergeant du sable, dont la partie inférieure est engloutie dans un désert dont nul n’arrive vraiment à saisir où il se situe…

C’est beau, les bulles sont remplies des vers de Shakespeare, mais il y a comme une légère déception, une insatisfaction quand on referme cet album.

A trop s’inspirer d’un classique, d’un chef-d’œuvre, dont il modifie toutefois le final, Enki Bilal semble être tombé dans une certaine facilité. Heureusement, elle n’ôte rien à la très belle facture de son trait et à sa vision sans concession de l’être humain, à son ironie douce-amère, teintée de désenchantement…

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