A l'école de la nuitWashington 2009. Alonzo Wax vient de se donner la mort et a fait de son ami, Henry Cavendish, son exécuteur testamentaire. Lors de la cérémonie funéraire, Henry fait deux rencontres qui vont marquer un indiscutable tournant dans sa vie : il aperçoit en premier lieu une belle et attirante jeune femme, dont il apprendra plus tard, qu'elle se nomme Clarissa Dale et, en second lieu, il est accosté par un personnage, nettement moins attirant, du nom de Bernard Styles.

Ce dernier, un type avide et d'apparence sans scrupule, est un collectionneur de manuscrits rares ; rival du défunt, puisque celui-ci était un célèbre bibliophile.

Et pourquoi ce personnage peu sympathique s'adresse-t-il à Henry Cavendish ? Il est à la recherche d'une lettre qu'Alonzo Wax lui aurait « emprunté » ; une lettre de grande valeur, rédigée par Walter Ralegh à l'attention de Thomas Harriot, l'un étant espion, fripouille et poète, l'autre génie des mathématiques et de l'astronomie à la fin du XVe et au début du XVIe siècles.

Henry est très intéressé : ces noms évoquent pour lui l'Ecole de la nuit, dont l'existence n'a jamais été prouvée, mais dont tous les Ralegh et Harriot sont sensés avoir faits partie.

L'Ecole de la nuit, objet de fascination, voire d’obsession pour le trépassé aussi, à tel point qu'il en avait fondé un avatar à l'époque où il traînait ses fonds de pantalon sur les bancs de la fac...

Alléché par la prime plus que généreuse que lui propose Bernard Styles, Henry -qui est endetté jusqu'au cou- accepte de retrouver pour lui, le précieux document...

Angleterre 1603. L'Ecole de la nuit est dissoute. Rien n'ayant été consigné par écrit, ses anciens membres, dont Thomas Harriot, Walter Ralegh, mais aussi le dramaturge Christopher Marlowe et le comte de Northumberland n'ont donc pas à craindre la moindre dénonciation pour hérésie, blasphème, trahison ou autre.

En effet, n'ont-ils pas toujours été extrêmement prudents ?

Extrait : « Quand l'un d'eux désirait débattre d'un ouvrage interdit -Machiavel, Montaigue, De occulta philosophia d'Agrippa, l'Histoire de Henri IV de John Hayward, il devait prendre soin de cacher le livre dans une toile avant de l'apporter. Aucun compte-rendu, aucun rapport. Chacun recevait sa propre chandelle de cire pour rejoindre le lieu de la réunion, si bien qu'au début, la pièce paraissait encore plus sombre que la nuit.

Puis, tandis que les yeux s'adaptaient, l'obscurité laissait apparaître les formes : d'indistinctes tâches grises qui chuchotaient. D'invisibles auditeurs, pensait parfois Harriot, qui les poussaient à redoubler de panache pour répondre aux questions les plus difficiles. Du panache, Marlowe n'en manquait pas ;

« Moïse était un charlatan ! Qu'en pensez-vous ? »

Et là, dans cette pièce sombre, c'était comme s'ils étaient de retour à l'université. Marlowe arguait que Moïse avait utilisé de la magie égyptienne pour effrayer les hébreux. Chapman mettait en garde contre une telle théorie qui, si elle devait se répandre, menacerait de faire s'effondrer les piliers de la civilisation judéo-chrétienne. Et les autres jetaient de l'huile sur le feu. Peu importait si, à la fin, ils ne parvenaient pas à une conclusion. Ils n'en cherchaient pas. »

Seulement, voilà que certaines des paroles échangées dans le secret, apparaissent presque mot pour mot dans les dialogues d'un auteur de théâtre encore peu connu, un écrivaillon en somme, nommé Shakespeare...

Thomas Harriot n'en poursuit pas moins ses expérimentations, à l'abri des regards à Syon Park, sous la protection amicale du comte de Northumberland. Ses recherches le portent, en particulier, sur la lumière et sur le phénomène de la réfraction.

Extrait : « Réfraction. La lumière atteint l'objet, et cette rencontre affecte la lumière à jamais et révèle pour toujours les secrets de l'objet. La structure qui se cache sous la surface de toutes les choses.* »

Tout comme la lumière est affectée par la rencontre avec un objet, Thomas Harriot, lui, va croiser la route de Margaret et sa trajectoire va en être irrémédiablement modifiée.

Et malgré les quatre siècles qui les séparent, tous les protagonistes de cette étonnante histoire, vont lier leurs destinées...

Roman foisonnant qui alterne entre le récit historique, le roman d'aventures avec une véritable chasse au trésor et l'enquête policière, puisque quelques malencontreux cadavres viennent semer le trouble. Une petite dose de fantastique émerge également de ces pages...

Louis Bayard, visiblement, aime jouer avec les personnages ayant réellement existé, entourés souvent de mystère (cf. Un œil bleu pâle, commenté le 5 octobre 2014 et La tour noire, commentée le 21 février 2015) ou mettre en scène des héros de la littérature comme dans L'héritage Dickens (le 20 avril 2014). Et il le fait avec un certain brio, toujours teinté d'une agréable touche de dérision.

L'accent est mis également sur une époque où exprimer des idées, réflexions ou objections ne correspondant pas à la « vision officielle », pouvait mettre votre vie en danger.

De plus, une fois n'est pas coutume, l'auteur nous offre ici une délicate histoire d'amour qui, grâce à la magie de la littérature, bien sûr, traverse les siècles...

* en italique dans le texte original.