l'homme aux cercles bleus" L'enfant sylvestre -il s'agit de Adamsberg- aux quatre meurtres s'était (...) retrouvé inspecteur, puis commissaire, toujours griffonnant à perte d'heures de très petits dessins sur ses genoux, sur des pantalons informes. Il y a quinze jours, on lui avait proposé Paris. Il avait laissé derrière lui son bureau couvert des graffitis qu'il y avait griffonnés pendant vingt ans, sans jamais que la vie ne lasse. »

Ainsi, Adamsberg vient d'être muté à Paris, dans le commissariat du 5e arrondissement. Les flics du cru découvre avec stupeur leur nouveau chef. Il était pourtant précédé d'une sacrée réputation : celle d'un très bon flic, perspicace, redoutable.

Or, celui qui débarque ne colle nullement à l'idée que ces nouveaux collaborateurs se faisaient de lui. Il apparaît négligé, hors du temps (d'ailleurs, le temps, il s'en fout, il n'a pas de montre et être à l'heure ne fait pas partie de sa conception du monde). En autre singularité pour réfléchir, il a besoin de marcher, marcher et marcher pendant des heures sinon ses idées, ses réflexions sont incapables de s'agglomérer pour former un tout un tant soit peu cohérent.

Extrait : « Adamsberg marche jusqu'au soir. C'était l'unique façon qu'il avait trouvée pour faire le tri dans ses pensées. Comme si grâce au mouvement de la marche, les pensées se trouvaient ballottées comme des particules dans un liquide. Si bien que les plus lourdes tombaient au fond et que les plus fines restaient en surface. Au bout du compte, il n'en tirait pas de conclusion définitive, mais un tableau décanté de ses idées, organisées par ordre de gravité. »

Adamsberg est un flic qui ne ressemble à aucun autre. Si telle n'était pas sa nature, aurait-il pas été le premier et sans doute aussi le seul, à soupçonner que les activités de « l'homme aux cercles bleus » étaient loin d'être innocentes ? Dès le début, il est mal à l'aise avec ce mystérieux personnage qui s'amuse à entourer d'un cercle bleu, tracé à la craie, des objets quelconques, détritus abandonnés dans la rue, le tout agrémenté d'une étrange maxime : Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ?

Lorsque l'on découvre une femme égorgée dans l'un de ces cercles, il se trouve que malheureusement notre commissaire avait raison de soupçonner quelque chose de malsain...

Voici, en fait, le premier des romans policiers de Fred Vargas qui voit émerger la figure de notre fameux commissaire Adamsberg. Un flic totalement atypique, lunaire et sympathique. Mais sous ses airs d'être « ailleurs », ne vous y trompez pas, il a un sacré flair et une sacrée détermination. Lorsqu'une enquête lui échoie, il s'y arrime comme une moule à son rocher et ce jusqu'à ce que le mystère soit résolu.

C'est aussi dans cette enquête que Adamsberg fait la connaissance d'un très précieux acolyte, Danglard. Père célibataire de cinq enfants, amoureux du vin blanc (après 16 h, il vaut mieux éviter de compter sur lui), mais surtout érudit, toujours soigné, placide et philosophe. Il va lui falloir composer avec son chef énigmatique. Très vite le respect, voire l'admiration se fait jour entre les deux hommes. Et il va bien falloir, puisqu'ils vont avoir besoin de toutes leurs capacités réunies pour débusquer « l'homme aux cercles bleus ».

Si la touche fantastique est absente de ce roman -touche qui va devenir une marque de fabrique de l'auteure dans les enquêtes suivantes-, l'humour y affleure, rendant au texte une légèreté très agréable. L'ambiance et les personnages décalés, ainsi que certains dialogues savoureux font de ce roman policier un régal.