Sauf-les-FleursLu dans le cadre d'un comité de lecture sur le thème de : « Mots pour maux ».

Un texte extrêmement fort dont on ne sort pas « indemne ». Le style est inventif. Il permet de restituer en peu de mots tous les événements, la violence, la peur, la souffrance physique et morale, la douceur d'une mère et de son amour, celui d'un frère et celui avec un grand A quand il veut bien se laisser saisir, la douleur de la perte aussi...Tout est condensé dans des phrases qui s'épanouissent comme un long poème, façon tragédie grecque, sans Chœur, car il est devenu inutile...

Nous suivons Marthe, enfant, puis jeune femme, tentant de protéger sa mère, avec l'aide de son petit frère, Léonce. Sa mère, une femme battue, qui reçoit les coups pour que ses enfants n'en prennent pas...jusqu'à, un jour, ne plus se relever. Morte étouffée par celui qui aurait dû l'aimer, par ce père terrifiant, qui annihile tout ce qui l'entoure.

Marthe, amoureuse des mots, y trouve sa sauvegarde, et forgera une partie de son avenir grâce à eux, puisqu'elle deviendra professeur.

Extrait : « Il me semble (...) que le savoir peut guérir. Que lire, écrire, traduire, c'est reformer le sein, étaler l'origine, aérer le fumier d'où sortiront les fleurs derrière chaque tort redresser ».

Elle grandira aussi grâce à une rencontre amoureuse, incarnée par Florent. Florent, dont les mains caressent et ne donnent pas des claques, dont les bras sont un réconfort et non ceux qui font pleuvoir les coups...

Extrait : « Lorsque le sol ne me grandit plus, lorsque le ciel s'évapore sous le poids des absents, Florent dit Petite Marthe, Mon crayon, Mon socle. Loin de Léonce, j'ai peur que mon histoire se voie, j'ai peur d'être légère, j'ai peur de mon torrent de honte. Florent rappelle Ton histoire ne se voit pas, Le corps et la patience ont parlé et tu as fait le chemin sans savoir que la peur te soufflait la réponse, Tu donnes tant d'heureux autour de toi. Regarde, Laisse fleurir. Une autre nuit Florent ajoute Les coups reçus ouvrent tes bras, Les caresses ont franchi tes poings fermés, Tes doutes deviendront des élèves, Que voulais-tu de mieux, que pouvais-tu de plus ? Florent as raison, et c'est passionnant d'aimer ce garçon qui trouve les mots justes pour le rêve dont je suis née. »

Mais pour achever ce qui a commencé, la jeune femme commettra aussi l'irréparable. Elle sera condamnée à la prison, mais, on le devine, sera un peu plus en paix avec elle-même...

Extrait : « Je demande des cigarettes à madame Mangin. Je souhaite l'étourdissement des premières secondes, le sol qui vacille, les murs qui reculent. La journée reprend alors, semblables aux précédentes, à part les mots qui changent -et encore, il faut désherber. Souvent. Maman pâlissait quand son heure arrivait . Papa montait la pression, nous sentions déjà et nous savions trop tard. Maman chuchotait Allez vous cacher, Ne bougez pas à cause du plancher qui craque. Nous bougeons pour ne pas laisser Maman seule. En prison, chaque cigarette du matin me ramène à cette union perdue. L'incendie entre et sort, laissant les yeux nus, la famille changée en cellule, dont nous étions les cendres à genoux. »

Un texte dense avec des mots qui collent à la peau comme de la glue. Une réussite.