un oeil bleu pâleWest Point 1830. En plein mois d'octobre, alors que l'automne et ses brumes commencent à s'imposer, une jeune recrue de l'Académie est retrouvée, pendue à un arbre. Suicide ? L'affaire aurait pu en rester là, si le corps n'avait été mutilé quelques heures plus tard, et ce bien que placé sous bonne garde.

Landor, vieux flic de New York, est aussitôt sollicité par le colonel Thayer et le capitaine Hitchcock pour mener l'enquête. Et pourquoi pas ? Etant à la retraite dans ce trou perdu, pourquoi ne donnerait-il pas un petit coup de main ?

D'autant qu'une aide inattendue va aussi lui être proposée : celle d'un autre élève de West Point, un peu plus âgé que les autres, un peu étrange et terriblement perspicace. Un dénommé Edgar Allan Poe.

Au fil des jours, cet improbable duo, vite lié par une solide amitié, va aller de découverte en découverte entre la mort qui rôde sous forme de rites sacrificiels et sataniques, faisant plusieurs victimes -les noires menées d'une société secrète?- et les démons intimes de tous les protagonistes engagés bon gré, mal gré dans une spirale dont aucun d'eux ne sortira indemne.

L'essentiel du roman se fonde sur les écrits de Gus Landor et sur ceux d'Edgar Allan Poe. L'un et l'autre décryptent, ainsi, les événements auxquels ils assistent et participent tout en essayant de débusquer un tueur sans merci.

Les mots ont ici une importance cruciale...

Landor écrit :

« Ne croulais-je déjà pas sous des écrits de toute sorte ? Poe, ses poèmes et sa prose ; le professeur Pawpaw et ses cahiers ; le lieutenant Locke et son calepin...on disait même que le capitaine Hitchcock en tenait un, de journal. Je repensai au message dans le poing fermé de Leroy Fry, à l'herbe brûlée et aux empreintes des satanistes, aux nouvelles du matin sur la table de Thayer, aux bulletins que Blind Jasper gardait sous le coude – tous ces textes, voyez-vous ? Dont l'accumulation n'ajoutait pas au sens ; qui s'effaçaient les uns les autres sans qu'aucun ne gagne en vérité ; et que nous nous engouffrions tous dans ce terrier plein de mots... ».

Ce sont pourtant bien les mots, ceux qui expliquent, qui en fin de compte vont permettre de comprendre, de révéler l'incroyable vérité.

Premier thriller publié par Louis Bayard, j'ai retrouvé ici tous les ingrédients qui m'ont tant plu à la lecture de L''Héritage Dickens : une écriture fluide et pleine de gouaille, une capacité à restituer une atmosphère mystérieuse et assez fascinante, une maîtrise indéniable des rebondissements avec un final surprenant. Et pour ma part, l'idée de faire d'Edgar Allan Poe l'un des principaux personnages, est un des grands attraits de ce livre. L'âme torturée, fragile et en même temps passionné, il ne pouvait que trouver sa place dans ce roman gothique à souhait.

Une lecture que je vous conseille vivement !