l'homme au ventre de plombVoici la deuxième enquête de Nicolas le Floch (réf. L'énigme des Blancs-Manteaux, commentaire du 28 juillet 2013).

Fin octobre 1761. Notre jeune et fringant commissaire est chargé sous la férule de M. de Sartine, de veiller à la protection de Madame Adélaïde, fille de Louis XV, lors d'une représentation à l'Opéra. La surveillance est d'autant accrue que le roi a échappé récemment de peu à un attentat.

La soirée semble se dérouler sereinement quand un homme entre dans la loge royale et délivre un message à un vieil homme à l'air martial qui accompagne Madame Adélaïde. A leur côté, une femme, âgée elle aussi, se pâme soudain sous le coup d'une forte émotion.

Aussitôt, Nicolas et M. de Sartine sont priés de venir rejoindre toute cette petite coterie dans la loge royale : un drame s'est produit. Il semblerait, en effet, que le fils de Monsieur le comte de Ruissec -l'homme à l'air martial- se soit donné la mort en leur hôtel particulier dans la plaine de Grenelle.

Or, en ce siècle des Lumières, « s'homicider », est un crime impardonnable aux yeux de l'Eglise et le scandale ne manquerait pas d'éclabousser d'une boue nauséabonde cette famille proche du pouvoir, du dauphin en particulier.

Nicolas se trouve aussitôt chargé de cette délicate affaire.

Arrivés à l'hôtel particulier, M. de Sartine et lui découvre effectivement le corps du Vicomte de Ruissec, mais s'il porte bien une blessure par balle à la tête, son visage atrocement rétréci par une étrange et terrible souffrance les choque profondément.

Nicolas n'est pas dupe : très vite, en explorant les lieux, il est persuadé qu'il ne s'agit pas du tout d'un suicide, mais bien d'un meurtre. Et ce malgré le fait que la chambre dans laquelle gît le corps du malheureux, était entièrement close de l'intérieur au moment des faits...

Cette enquête est passionnante. D'autant qu'elle est servie par une écriture fluide, un phrasé érudit et élégant. Le rythme est soutenu et enlevé grâce à un récit plein de rebondissements.

Bien sûr, les pas de Nicolas le Floch l'entraîne à nouveau dans les arcanes des plus hautes sphères de cette société aristocratique où tout est conspiration, cupidité, hypocrisie, lâcheté...L'auteur nous présente sans fard la nature impitoyable, mais pitoyable aussi de certains « grands » de ce monde.

L'amitié, la fidélité et le dévouement de bien d'autres dominent aussi cette histoire : ainsi, Nicolas bénéficie-t-il du soutien indéfectible de l'inspecteur Bourdeau, de Semacgus, chirurgien de son état, M. de la Borde, premier valet de la chambre du roi, et de M. de Noblecourt, son irremplaçable mentor...Il y a aussi Marion, la vieille gouvernante, et Catherine, l'inégalable cuisinière, qui sont aux petits soins pour lui...

C'est peut-être là, par ailleurs, le seul bémol : notre héros est fort bien entouré et est devenu très vite le centre d'attentions bienveillantes de personnages appartenant à toutes les strates de la société. Cela lui facilite un trop la tâche à mon goût...

Cela reste une lecture très agréable et enrichissante à plus d'un titre lorsque cette période de l'histoire et les intrigues policières vous fascinent. Il ne faut donc pas bouder son plaisir !