dans la brume électriqueDécouvert dans le cadre d'un prochain comité de lecture sur le thème « Inexpliqués, inexplicables : attention danger ».

Louisiane, New Ibéria.

Lorsque Dave Robicheaux arrête Elrod Sykes pour conduite en état d'ivresse, il ne s'attendait certainement à ce que ce célèbre acteur, venu en tournage dans la région, lui fasse découvrir le cadavre momifié d'un noir, émergeant des eaux boueuses d'un bayou.

D'autant moins, que cette découverte le projette dans son propre passé : à l'âge de dix-neuf ans, il a été le témoin impuissant du meurtre d'un noir par deux blancs. Un lynchage en règle.

La victime n'ayant jamais été retrouvée et s'agissant d'un homme de couleur, à l'époque, personne ne s'était intéressé à son récit...

Et de fait, cette affaire paraît toujours bien futile aux yeux des collègues de M. Robicheaux.

Pourquoi ? Parce que dans le même temps, c'est le corps massacré d'une jeune fille de dix-neuf ans qui est retrouvé...Bientôt, une seconde victime sera extirpée d'un tonneau, ayant séjourné dans l'eau ; un corps en partie dévoré par les crabes...

Quel lien peut-il donc exister entre ces meurtres ?

Le retour inopiné, dans la région, d'un caïd, Baby Feet, de son vrai nom Julie Balboni, né à New Iberia, doit-il être considéré comme une coïncidence ?

Pour le lieutenant Robicheaux, les choses se compliquent encore, quand il découvre que les visions qui agitent Elrod Sykes, et qu'il croyait n'être que de simples délires d'ivrogne, commencent à l'affecter lui aussi, bien qu'il soit parfaitement sobre...

En effet, des brumes des bayous, théâtres de combats pendant la Guerre de Sécession, surgissent des ombres, des fantômes sans doute, de soldats qui pensaient eux aussi, en leur temps, défendre le bien contre le mal...Des fantômes qui vont venir hanter Dave et peut-être bien lui montrer la voie à suivre pour arrêter d'immondes assassins...

La lecture des cents premières pages à demander de ma part, je l'avoue, un petit effort pour ne pas lâcher prise. Je ne me sentais pas vraiment emballée au début, juste vaguement intéressée. Pourtant, j'ai décidé d'aller jusqu'au bout, ayant choisi ce roman et décidé d'un faire un commentaire pour le comité de lecture.

J'ai bien fait : la suite m'a beaucoup plus plu.

Si l'intrigue n'est pas particulièrement haletante, tout l'art de James Lee Burke réside dans l'atmosphère saisissante qu'il a réussie à créer ici.

La Louisiane, sa végétation singulière, sa chaleur et ses fortes pluies, parfois les cyclones, son brouillard, ses alligators, constituent un élément très présent dans le livre. Tout est décrit avec une telle précision que l'on croit pouvoir respirer l'air brûlant et poisseux, nauséabond souvent, qui se dégage non seulement des marais, mais aussi des rues citadines.

Cependant l'atmosphère bien spécifique de ce livre, ne tient pas seulement à cela. L'auteur a su rendre, (on en devine la justesse, même si l'on a jamais mis les pieds à New Ibéria), l'âme âpre des protagonistes, la violence sourde, les rivalités ou la défiance immense entre les différentes communauté, le racisme...

Le personnage de Dave Robicheaux est très attachant : c'est un flic quinquagénaire, ancien alcoolique, ancien de la guerre du Vietnam, qui se bat pour ses idéaux, pour une certaine droiture de l'être humain, pour protéger sa famille...sans être un humaniste ou un utopiste -il en a trop vu pour se faire encore des illusions sur la nature humaine-, c'est un type bien !

La touche fantastique ne gâche rien non plus. Au contraire, elle s'intègre parfaitement bien dans ce récit qui joue avec les frontières : celle de la réalité et de l'imaginaire, celle du bien et du mal, celle de la culture « blanche » et de la culture « noire », celle de la loi et de sa transgression, …

Au final, je croix que j'apprécierai beaucoup de découvrir d'autres romans écrits par James Lee Burke.