fils-de-la-providence_bdAprès Le livre de Dina (cf. mon commentaire de lecture du 21 juillet 2012), que devient Benjamin, le fils de la trop belle et terrible maîtresse de Reinsnes ? Lui le seul témoin de la mort du « Russe » ? Lui, sur qui le poids du secret, va peser si lourd ; lui, que sa mère abandonne sans cesse, seul avec son amour pour elle et sa peine...

Nous le suivons à travers toutes les années qui filent depuis son enfance jusqu'à l'âge adulte. Adolescent, il part faire ses études à Copenhague et découvre les plaisirs de la chair dans les bras d'une femme mariée qui l'héberge. Puis, lorsque la guerre éclate – celle des Duchés en 1864- il affronte ses horreurs en s'engageant dans l'armée danoise alors même que son pays d'origine (la Norvège pour rappel), avec la complicité de la Suède, s'est défaussé...

Pataugeant dans la boue, le sang, étourdi par les cris et gémissements, il lui apparaît qu'il doit devenir médecin et c'est aux portes de cet enfer qu'il croise le chemin de Karna, une jeune femme courageuse et déterminée.

Ces deux-là vont mêler leurs corps et leurs vies, sans vraiment s'appartenir...et une fois la guerre finie, poursuivre un temps leur aventure sensuelle jusqu'à ce d'autres femmes accaparent l'esprit et les sens de Benjamin...

Car ce dernier a une véritable obsession pour elles. Il s'accapare visuellement ou physiquement de celles qui lui plaisent et ce sans retenue aucune, incapable d'agir autrement.

Il poursuit ainsi sa quête du féminin, sa quête pour retrouver sa mère, sa quête de lui-même...jusqu'à son retour parmi les siens avec un petit « paquet » bien encombrant dans les bras...sa fille...

 

Ecrit au premier pronom du personnel, nous voilà donc immergés dans la vie de Benjamin, partageant ses pensées, ses émotions, ses sensations, sa confusion, ses désillusions, son désespoir, sa souffrance...

Par ce procédé, la distance que l'auteure avait créée vis-à-vis de Dina, si insaisissable, est abolie. Cela ne signifie par que le lecteur se sente nécessairement plus proche de Benjamin et de ses errements. Personnellement, je l'ai trouvé moins attachant et plus agaçant que sa mère...

Le style reste flamboyant et sensuel. Herbjørb Wassmo décrit sans concession même les détails les plus glauques, mais aussi la délicatesse d'une cheville féminine ou le scintillement d'une branche d'arbre couverte de givre ; le tout servi par une langue envoûtante.

Il me reste à parcourir la dernière partie de cette étonnante saga : L'héritage de Karna.

A suivre...