le portraitCe livre nous plonge dans un étrange huis clos : celui d’une petite maison sur l’île de Houat ; maison dans laquelle s’affronte un ancien peintre à succès, en exil, et un critique d’art despotique, orgueilleux, intraitable…Et ce au tout début du XXe siècle, à l’aube de la première guerre mondiale.

A lire ces lignes d’introduction, il serait aisé de croire que ces deux-là se haïssent -et cette impression est loin d’être infondée-, mais, de fait, tout a commencé des années plus tôt par une profonde amitié…

Henry MacAlpine, le peintre, ne manque pas de le rappeler à son comparse, William Nasmyth. En un long monologue, de la première à la dernière page de cet ouvrage, il retrace leur parcours commun et s’explique sur son brusque changement de vie.

Le prétexte à ces retrouvailles, après quatre ans de silence, c’est un portrait qu’Henry doit peindre de son ancien mentor. Il en profite pour vider son sac, faire le portrait de son hôte sur la toile, mais aussi avec les mots, sans s’emporter, méthodique et  presque serein.

Pas à pas, ce monologue (William Nasmyth n’a pas de droit de réponse) va mettre en lumière la véritable nature des protagonistes (celle des deux hommes, mais également celles de  deux femmes, Evelyn et Jacky, ayant gravité un temps dans leur sphère).

Le pire est à venir…

 

La forme très originale du récit sert, à ravir, l’intrigue. Grâce à ce procédé, nous sommes comme William Nasmyth, obligés de suivre le raisonnement et les pensées du peintre, sans broncher. Mais contrairement au critique d’art, nous n’avons rien à nous reprocher dans cette histoire. Lui, il a tout à craindre…

C’est fort bien écrit et l’auteur ne se contente pas de maintenir l’histoire aux simples « récriminations » entre les deux hommes, il décrit aussi le petit monde des arts et des artistes, son âpreté, ses pièges -parfois mortels dans le roman-, son élitisme, ses élus et ses laissés pour compte.  L’impudence aussi des jeunes artistes, heureusement parfois avec du talent, démolissant systématiquement leurs aînés. N’oublions pas que la révolution impressionniste est encore toute proche en ce début du XXe siècle et les expérimentations de la peinture abstraite s’annoncent déjà.

La conception de Iain Pears quant au besoin de peindre, un besoin quasi vital, inhérent à certaine personne, donne par exemple les lignes suivantes : 

« Un peintre est précisément ceci : un être qui prie avec son pinceau. Ce que le critique ne pourra jamais faire ni même comprendre. »

Un roman a plusieurs niveaux de lecture, que je conseille vivement.