mazarinCet ouvrage est magistral et puissant, à l’image de celui dont nous est conté la vie.

Sous la plume habile et subtile de Simone Bertière, se dessine un homme hors du commun, aux qualités souvent ignorées, volontairement. Ainsi, j’ai découvert qu’il était d’une intelligence supérieure, fin, plein d’humour, tolérant, grand amateur d’art, courageux, mais optant plus volontiers pour les manœuvres politiques que pour les manœuvres armées, d’une volonté de fer, même si pour arriver au but qu’il s’est fixé, il doit à l’occasion emprunter des chemins de traverse…et malhonnête parfois (cela dit pas plus que certains grands seigneurs), mais pratiquant cette malhonnêteté en pensant bien faire : pour assurer son avenir et celui des membres de sa famille qu’il a pris sous son aile, pour fournir un « trésor de guerre » éventuel à l’Etat français, à Anne d’Autriche et au jeune Louis XIV , au bord de la banqueroute…

De fait, Mazarin a aussi était un homme solitaire, car qui détient le pouvoir dans les plus hautes sphères de la société, est forcément très seul. Mais sa solitude n’a pas que le pouvoir pour origine : son incroyable esprit et ses idées, qui ne faisaient pas que des adeptes, bien au contraire, ainsi que ses origines modestes et étrangères ont réellement contribué à cet isolement. Certes les plus grands l’entouraient, certains l’estimaient, voire l’aimait (ce fut le cas de Louis XIV qui trouva en lui un véritable père), mais combien l’ont honni, haï ou craint au point de fomenter son assassinat –raté !-, puis son exil –dont il est revenu auréolé de toute sa puissance-.

C’est encore l’histoire d’un homme qui s’est tellement investi pour obtenir une paix globale et durable en Europe, celle de l’époque, pour asseoir le pouvoir royal, « mis à mal » par les grands aristocrates, nostalgiques de leur indépendance moyenâgeuse, pour circonscrire la main mise religieuse sur les affaires d’état…qu’il y a épuisé toutes ses forces et a disparu prématurément à 59 ans. Trop tôt peut-être ou peut-être pas : son œuvre achevée, le pouvoir était désormais dans les mains du jeune roi, plus dans les siennes, et comme le suggère Simone Bertière, la retraite aussi méritée et dorée qu’elle aurait été, n’aurait pu satisfaire ce bourreau de travail.